Rêves et cauchemars, chapitre 7.
Chapitre 7 :
Les bras chargés de victuailles, Naruto grimpait maladroitement les marches de pierre taillées à même la falaise, osant à peine regarder le vide qui menaçait de l’aspirer à tout faux pas.
Pourquoi il n’existe aucun autre chemin dans cette ville ! En plus de mon entraînement, je dois même faire les courses pour l’ermite-pas-net !
-Alors Naruto ! Tu te dépêches oui ?! lança Jiraya derrière lui.
Naruto pivota lentement, faisant bien attention qu’aucun de ses sacs ne lui échappe, et un regard boudeur à son sensei qui n’avait que pour seul fardeau son éventail entre les mains.
-Dites ! Vous n’auriez même pas l’idée de m’aider ?! siffla Naruto, depuis trois semaines qu’on est dans cette ville, vous n’avez même pas levé le petit doigt pour m’aider.
-Taits-toi et avance, coupa Jiraya d’un revers d’éventail, il faut que nous continuons ton entraînement au plus vite ! Et porter les courses raffermira tes bras maigrelets.
Le jeune ninja de Konoha émit un grognement sourd pour seule réponse. Il savait pertinemment que parler avec Jiraya ne servait à rien et il l’avait appris à ses dépends. Le shinobi se contenta de grimper la volée de marches qui le mènerait au sommet du précipice, le lieu où se tiendrait son entraînement.
Et maintenant qu’il s’implique vraiment dans mon entraînement, j’aimerai qu’il me lâche un peu…
Arrivé au sommet plus harassé que jamais, Naruto avait posé les lourds sacs qui pourtant ne contenait que quelques spécialités locales. Jiraya piocha dans le sac un sachet en feuilles tressées et en tira une délicieuse boule de riz et s’assit comme à son habitude sur un rocher. Naruto n’avait pas fait un geste vers le paquet de nourriture, malgré son estomac qui grognait. Pendant le mois qu’il avait passé avec son sensei à Monzaku, il avait prit l’habitude de mériter ce qu’il mangeait, mais surtout que pour gagner son repas il fallait d’abord qu’il relève un des défis de son maître. Défi qui arrivait très souvent par surprise.
Sans que Jiraya ne fasse un seul geste dans sa direction, Naruto restait incroyablement tendu, ses sens en alerte, prêt à toute attaque surprise. Mais rien ne se passa jusqu’à ce que Jiraya ait englouti la dernière miette de riz. Le vieil homme bailla sans ménagement et se releva, s’étirant lascivement. Accroupit sur son rocher, Jiraya observait Naruto, les yeux ensommeillé.
-Qu’est-ce que tu attends ? lui demanda-t-il.
Une veine tressaillit sur le front de Naruto, prête à exploser sous la tension qu’il s’était imposé à lui-même. Il leva un poing et beugla après son sensei.
-Me dites pas que vous vous êtes décider à arrêter vos fichus défis à la…
Mais la phrase de Naruto fut couverte par un bruit violent : le rocher sur lequel se tenait Jiraya s’était fissuré, la lourde pierre était devenu un tas de pierres grosses comme un poing. Jiraya se tenait les mains jointes en un signe.
-Dôton, (crachat du dragon terrestre)
Aussitôt invoqué, les pavés s’élevèrent de quelques centimètres au dessus du sol et filèrent droit vers le jeune Naruto qui avait baissé sa garde. Il croisa les bras devant lui, protégeant les parties les plus vulnérables de son corps. Une aura rouge émana de son corps et jaillit soudainement, repoussant les premières pierres qui lui étaient destinées. En moins de trois secondes déjà, le chakra de Kyubi s’échappait de chaque pore de sa peau. Il joignit les poings et frappa chaque projectile qui filait vers lui, les pulvérisant à chacun de ses coups comme s’il éclatait de vulgaires bulles de savon.
Jiraya composa de nouveaux signes et frappa le sol du pied.
-Dôton, Ryuukuchi !! (mâchoire du dragon)
Tout à coup sans prévenir, un pan de roches semblable au crâne d’un énorme reptile jaillit du sol derrière Naruto et happa le ninja dans sa gueule bardée de silex tranchants. Une fois le shinobi avalé, le dragon minéral resta aussi immobile qu’une statue. Jiraya crût un instant en avoir trop fait et fit un pas vers la gueule du béhémot pour s’assurer que Naruto allait bien. Mais une vibration dans l’air le stoppa net : le chakra de Kyubi émanait de l’intérieur des mâchoires du lézard de terre. C’est alors que la bouche de l’animal se gonfla subitement comme si ce dernier avait trop mangé. Une détonation retentit dans la gueule du dragon, dont le crâne explosa, projetant autour de lui des shrapnels de roches. Jiraya eut juste le temps d’ériger une barrière de roche pour se projeter de la pluie de débris. Le vieux sannin jeta un coup d’œil au-delà de son écran protecteur, mais il fut immédiatement plaqué contre le mur de roche par une force impressionnante.
A demi-sonné, Jiraya posa les yeux sur ce qui l’immobilisait et vit des voluptes rouge de chakra qui le pressait contre le mur. Une secousse vint ébranler la barrière qui se brisa en morceau et tomba en poussière. Mais le vieux shinobi n’eut pas le temps de se libérer de son étau que les liens de chakra se ressèrent subitement sur lui. Ses pieds quittèrent le sol, soulevé par les deux liens de chakra.
Naruto se tenait deux mètres plus bas, dévorant tranquillement une brochette de poulpe tandis que Jiraya était en prise avec ses deux queues.
-Vous ne m’en voudrez pas de m’être servi avant la fin de l’exercice ? lança Naruto avec un sourire.
Malgré l’air léger qu’il affichait, Naruto avait un visage à faire peur : les deux canines qui émergeaient de sous sa lèvre supérieure ne faisait que rehausser les traits sombres qui surlignaient le contour de ses yeux.
-Alors ? C’est terminé ? demanda Naruto.
Toujours suspendu au dessus du sol, Jiraya laissa échapper un sourire.
-Ne soit pas si arrogant…
C’est alors que Jiraya disparu dans un nuage de fumée, une bûche prenant sa place entre les queues de Naruto.
-…il est bien d’avoir confiance en soi, mais il ne faut pas non plus se croire invincible, conseilla Jiraya en posant une main sur l’épaule du jeune garçon.
Naruto se retourna pour regarder son sensei dans les yeux. L’aura qui s’échappait de son corps sembla se calmer progressivement, détendant les traits du shinobi qui reprit le visage qu’on lui connaissait. Les queues de chakra s’évaporèrent à leur tour et les pupilles de Naruto reprirent leur couleur bleue habituelle.
-Excusez-moi sensei, mais lorsque j’utilise cette forme, je ne peux pas m’empêcher d’éprouver de… la colère… Alors que je n’ai aucune raison d’être furieux.
-Ce doit être l’influence de Kyubi, expliqua Jiraya, cette énergie destructrice que tu déploies doit puiser sa force dans la colère du démon-renard… et comme tu es le plus exposé à son chakra, il n’est pas étonnant que ton comportement soit affecté.
Le vieux sannin posa une main amical sur le crâne de son élève et l’entraîna avec lui. Il le fit s’asseoir et fouilla dans le sac à provisions.
-Dis-moi Naruto… est-ce que la voix de Kyubi est revenu te parler cette fois-ci ?
Le jeune shinobi regarda son sensei en coin.
Peut-être a-t-il peur que le démon puisse m’influencer…
-Non, pas depuis notre combat il y a un mois… il semble s’être calmé depuis que vous avez fait votre truc avec les mains…
Jiraya acquiesça silencieusement, gardant les yeux fixés sur le sac de vivres d’où il extirpa quelques douceurs. Mais Naruto de son côté regarda fixement les lignes de sa mains comme s’il y cherchait des réponses.
C’est si simple de puiser dans sa réserve de chakra maintenant, est ce que mon corps se serait habitué ou est-ce Kyubi qui s’est affaibli depuis la dernière fois ?
Inconsciemment, Naruto concentrait dans la paume de sa main le maximum de chakra possible. Il sentait la force qu’il insufflait entre ses doigts comme un courant d’eau chaude qui coulait dans ses veines. Plus il se concentrait, plus l’énergie déployée était importante.
A son insu, Naruto avait fait apparaître sa première queue. La seconde se matérialisa à la suite très rapidement. La puissance qu’il dégageait était impressionnante, mais Naruto sentait au fond de lui que la réserve du démon-renard était à peine entamée, il voulait puiser plus profond dans ce puits de puissance.
Fermant les yeux, Naruto se ferma de toutes les sensations extérieures, une douleur sourde s’insinuant peu à peu au fond de son crâne comme s’il s’apprêtait à exploser. Mais malgrés ses efforts, sa puissance était toujours la même, elle n’avait pas sourcillé d’un chuïa. Seule sa colère gagnait en intensité.
Bon sang ! Allez !
-Naruto ? Persiffla une voix.
Le jeune shinobi perdit subitement sa concentration, mais il ne se résolut pas à ouvrir les yeux. Pourquoi ? Car il connaissait le timbre de cette voix. Ce n’était pas Jiraya qui s’adressait à lui, Naruto était certain de connaître cette voix doucereuse et si désagréable à son oreille, un tremblement parcouru ses membres.
Ça ne peut pas être lui…
Après un instant d’hésitation, le ninja se décida à ouvrir les yeux. A peine avait-il entrouvert les paupières qu’il croisa le regard reptilien de l’homme en face de lui. Un long sourire s’étirait sur ses lèvres glacées, ses longs cheveux noirs flottaient de chaque côté de son visage, semblables à un voile funèbre.
Le sang de Naruto se glaça, son cœur se figea pendant deux secondes qui lui parurent interminables. Il ne pouvait plus détourner son regard, ni battre des paupières, comme fasciné et terrifié par les pupilles verticales de son interlocuteur. Mais ses lèvres tremblantes parvinrent à articuler quelques sons, une voix qui n’était pas la sienne sortit de ses entrailles comme un grondement de rage, comme le cri d’une bête.
-Orochimaruuuu !!!
Son sang se mit alors à bouillonner, sa colère résonna à l’intérieur de son crâne comme un hurlement. Poussé par la soudaine montée d’adrénaline, Naruto bondit ivre de rage et alla écraser son poing sur le visage blafard d’Orochimaru.
Mais étrangement, Naruto avait l’impression que tout autour de lui semblait ralentir : les feuilles qui virevoltaient au gré du vent au-dessus de sa tête stoppèrent leur danse, le murmure des arbres cessa à son tour pour laisser place à un silence pesant. Même Naruto avait l’impression de s’être statufié sur place, son poing juste à quelques centimètres du visage d’Orochimaru face à lui. Le temps s’était figé dans sa course, laissant le shinobi de Konoha emprisonné dans son corps paralysé.
Que se passe-t-il… pourquoi tout s’est arrêté… tout devient si flou…
Une fatigue le gagna progressivement, les formes devant ses yeux ne devenant que des ombres éthérées et dévorées par les ténèbres qui encombraient sa vue. Engourdie par cette soudaine envie de dormir, Naruto se laissa aspirer sans offrir de résistance. Il ne ressentait plus son corps, ne sentait plus rien, ne voyait plus rien, il n’entendait qu’un faible murmure semblable à un rire d’enfant lointain.
-Maintenant dors gamin… Rejoins le pays des songes et laisse-moi ton corps…