Les miroirs de larmes, chapitre 3.
Chapitre 3:
Pas un bruit ne trahissait le silence de la demeure. Comme convenu, tous les occupants avaient cessé leur activité avec la visite de Gato à la planque. Le millionnaire n’avait pas soupçonné la présence des complices de Zabuza. Les ninjas, tapis dans l’ombre, appliquaient ce pour quoi ils avaient été entrainé : agir dans l’ombre et la furtivité.
Maintenant qu’il était parti, la vie commença à affluer dans le manoir. Quelques bruissements, le son de quelques pas ; les serviteurs comme les ninjas s’affairaient à leurs affaires comme si de rien n’était. Au sein de cette immense fourmilière, un flocon de neige gravissait les marches dans le plus grand silence. Le pied souple et léger, pas une seule latte de parquet n’avait grincé sous son poids. Haku repoussa doucement les tentures qui cachait la porte qui menait à la salle de réunion, là où il avait laissé son maître pour raccompagner le mafioso jusqu’à la sortie.
Devant le lourd panneau de bois, Haku s’arma de calme pour taire la peur qui lui nouait l’estomac. Il connaissait bien cette sensation, mais il l’avait oublié depuis leur arrivée au pays des vagues. Les dernières années avaient été calme, même heureuses et sans soucis. Haku s’était conforté dans ce quotidien sans autre douleur que celle du monde extérieur qui souffrait par leurs actions. L’arrivée de ce messager à plumes avait brisé cette douceur de vivre, imprévu qui faisait s’écrouler le rêve qu’Haku s’était tissé avec son maître.
Je n’aurais peut-être pas du amener cet oiseau… Zabuza semblait si inquiet lorsqu’il a vu ce faucon. Ce n’est pas la première fois qu’il le voit… Qui pourrait lui envoyer un message ? Personne ne sait où nous avons fui…
Haku se remémora le blason de Kiri inscrit sur la surface de la cartouche. Et cela ne fit que nourrir son inquiétude.
Zabuza-san a rompu tous les liens avec Kiri depuis l’insurection. Et pourtant…
-Tu peux entrer, Haku…
Le jeune homme laissa échapper un léger claquement de langue en entendant son nom. Tiré de ses pensées, Haku posa son regard sur la porte comme s’il s’attendait à apercevoir la silhouette de son sensei à travers le bois. Les yeux baissés sur la poignée, l’adolescent posa sa main blanche dessus et l’actionna. La porte pivota sans bruit et sans force, conservant l’atmosphère sacrée qui pesait sur la pièce.
Haku passa l’entrebaillement et ferma la porte derrière lui. Il jeta un coup d’œil à Zabuza qui se tenait debout devant la veranda. Le faucon-messager avait disparu.
Le disciple du nukenin resta immobile sur le pas de la porte pendant quelques instants, attendant que son maître lui adresse la permission de s’approcher. Mais le dos de Zabuza ne lui offrit aucune réponse. L’enfant prit l’initiative et glissa sans bruit jusqu’à rejoindre Zabuza et se poser à sa droite.
-Haku…
-Maïtre ?
Le ninja leva les yeux vers son pédagogue, mais il ne réussissaitt pas à déchiffrer l’expression qu’affichait Zabuza.
-Nous allons bientôt quitter le pays des vagues…
Un spasme secoua Haku. Il regarda avec plus d’insistance son sensei, trop surpris pas la décision subite de Zabuza.
-Prépare tes affaires et régle les préparatifs de notre départ, nous partons demain.
Haku acquiesça silencieusement, mais au lieu de s’en aller accomplir les ordres que son maître lui avait donné, il resta là à ses côtés. Une question lui brûlait la gorge.
-Où allons-nous ?
Zabuza ne daigna pas tourner le regard vers Haku, ses yeux s’étaient perdu dans l’horizon.
-Nous nous rendons au pays de la brume…
Cette réponse lui glaça le sang instantanément. Avait-il bien entendu ?
Mais… Pourquoi revenir ? Nous avons été banni ! Si jamais quelqu’un nous aperçoit là-bas, nous serons tous les deux tués !
-Mais Maître ! Retourner là-bas… après ce que nous avons fait ! C’est de la folie !
-Haku, ma décision est prise… Demain, nous prendrons la route pour Kiri no kuni.
-Mais ..!
Zabuza baissa les yeux sur Haku, mais ce que l’adolescent vit le surprit encore plus. Il s’attendait à être sermonné sévèremment, mais le regard que lui lança Zabuza n’avait rien d’agressif, il était… indescriptible… Calme, serein, triste aussi… Compréhensif ? Non pas vraiment, il semblait accepter son sort… Mais quel sort !?!
Ce simple regard fit taire Haku, il disait tout et ne répondait à rien.
-Si ça te dérange tant que ça, je te laisserai à la frontière du pays. Tu rentreras à la planque et tu prendras le commandement de tout ce petit monde jusqu’à mon retour…
Haku se raidit à ses mots, son visage s’était décomposé en l’espace d’un instant. Il baissa la tête lamentablement, soudainement accablé par une chappe de fer invisible qui paraissait le tirer vers le bas au plus près du sol.
Il veut... "me laisser à la frontière" ...
Haku sentit son cœur se pincer soudainement. Comment son maître pouvait-il le laisser derrière ainsi ? Haku était-il un tel poids ?
-Je vais… faire les préparatifs…
Sans attendre la permission de Zabuza, Haku recula avec respect, la tête toujours si basse. Il n’osa pas lever les yeux, de peur de croiser le regard de son sensei. Il tourna les talons et se précipita sur la porte. Il dévala l’escalier, traversa la succursale et se jeta contre le rebord de la fenêtre, le cœur lourd. C’était comme si un horrible serpent s’amusait à se faufiler dans ses entrailles. Haku ne savait pas comment expliquer ce mal être ni comment l’évacuer. Ce… ce sentiment d’être devenu inutile... Il avait tant cru l’avoir oublié avec le temps…
Quelques larmes perlèrent aux coins de ses yeux, mais jamais elles ne roulèrent sur son visage. L’adolescent ne pouvait pas se laisser aller aux larmes, il ne devait pas.
« Un ninja ne pleure pas. »
Oui, c’est vrai… Mais ce n’était pas sa faute, elles venaient toutes seules… A cause… à cause de ce goût de bile… C’était… c’était insupportable… oui… vraiment insupportable…
« Haku… »
« N’abandonne jamais ce que tu as de plus cher… »
-… Satsui-san ?
