Broken Angel, Verset 10
Verset 10
Sephadee était figée comme une statue. Elle tenait dans sa main crispée le fusil à pompe, son doigt n’avait pas lâché la gâchette. Lorsque le sang rouge de l’humain toucha une de ses pattes, la Sangheili eut comme un poids sur sa poitrine. Sa trachée refusait de respirer l’air que lui donnait son équipement de survie, elle cherchait à calmer la toux qui la secouait, mais rien n’y faisait. L’élite s’adossa contre le mur et retira son scaphandre. Lorsque ses narines perçurent l’odeur de sang, son estomac décida de remonter par sa bouche.
Lorsqu’elle se redressa de toute sa hauteur, elle respira de nouveau à fond, sa panique l’avait quittée et elle avait réussi à reprendre son calme.
Sephadee avait frôlée la mort de si près... Il y avait longtemps qu’elle n’avait senti cette sensation, elle avait cru avec le temps s’en être immunisé. Mais jamais elle n’avait pu oublier : ce sentiment de vide qui vous submerge juste avant l’instant fatidique, et lorsque le faciès de la mort s’éclipsait, voilà que cette volonté de vivre se réveillait bouillonnante et se changeait en colère.
La femelle Sangheili baissa les yeux sur le fusil à pompe qu’elle tenait entre les mains, elle regarda la cartouche qui obstruait la fenêtre d’éjection de l’arme. Ce bout de métal lui avait sauvé la vie, était-ce de la chance ? un miracle ? un signe ?
Plus jamais…je ne veux plus être si impuissante...
D’un geste vif, elle retira la cartouche vide et la jeta au sol. Sephadee fit fonctionner la pompe du fusil et le chargea.
Dans la salle de commandement, une vingtaine d’hommes en tenue de cérémonie s’affairaient sur les écrans de contrôle et faisaient passer les ordres aux différents escadrons. L’Amiral regardait le déroulement de la bataille à travers la grande baie vitrée de la salle. L’officier surplombait ses subordonnés, debout sur son estrade avec devant lui un tableau de commande aux centaines d’interrupteurs et aux multiples boutons-poussoirs.
Un humain le rejoignit.
-Lord Brook, on nous a signalé que des vaisseaux covenants atterrissent sur Terre.
-Nos troupes au sol se feront un plaisir de les accueillir, répondit sarcastiquement l’Amiral.
Une femme interpella l’officier.
-Amiral, les unités 24, 12 et 14 ne répondent plus.
L’Amiral haussa un sourcil, ses yeux furent traversés par la peur.
-Mais ce sont les unités qui protègent notre position ?! s’exclama l’Amiral.
Sa voix fut suivie par l’ouverture intempestive de la porte blindée. Une haute silhouette entra.
-Que personne ne bouge, cria Sephadee aux occupant de la salle.
La femelle brandissait ses deux fusils à plasma sur le personnel, le fusil à pompe en bandoulière logé entre ses omoplates et enfin, une ceinture de grenades autour de la taille.
L’Amiral se mit à rire bruyamment. Le covenant s’étonna de cette hilarité si soudaine.
-Vous êtes bien présomptueux, vous vous lancez à l’assaut de cet endroit alors que vous êtes seul et nous tout un bataillon.
Les humains avaient tous leur main posé sur l’étui de leur arme accrochée à leur ceinture. Sephadee accrocha l’un de ses fusils à sa ceinture et passa le doigt dans la goupille d’une grenade de sorte que tout le monde puisse la voir.
-Je crois qu’il vaudrait mieux pour nous tous que cette salle reste intacte, siffla Sephadee.
-Elle a raison, résonna une voix dans le haut-parleur, il y a 91% de chance que l’explosion simultanée de ces grenades endommage le triple vitrage. La dépressurisation de la pièce sera fatale à toutes personnes vivantes dans la pièce.
Sephadee esquissa un sourire.
-Je vois que les programmes informatiques sont bien plus évolués que ceux qui les ont conçus, flatta Sephadee.
A côté de l’élite, une borne s’illumina et une silhouette féminine apparut. Le corps aux courbes sensuelles et à la chevelure infinie irradiait d’une lumière dorée.
-Te voilà…
