Broken angel T.3, verset 22.
Verset 22 :
Lorsque Sephadee sembla émerger de son sommeil, la première chose qu’elle perçut dans les ténèbres de ses paupières, fut un horrible goût de fer qui coulait dans sa gorge, du sang…
La sangheili ne ressentait plus aucune sensation venant de son corps, comme si ses nerfs étaient devenus totalement muet. Ses muscles refusaient à bouger, mais à force de concentration, Sephadee put enfin ouvrir ses paupières lourdes de fatigue. Mais elle quittait les ténèbres de ses paupières pour l’obscurité du séraphin. Une lueur mauve s’échappait des murs, la laissant tâtonner dans une semi-pénombre. Même si ses membres étaient endoloris, la guerrière élite posa ses mains sur son crâne, empreinte d’une vive douleur. Elle tâta son heaume hermétique pour accéder au bouton d’ouverture, mais en passant ses doigts dessus, elle sentit que sa protection avait été bosselée à de multiples endroits, mais il fallait croire que le choc avait été si puissant qu’une partie de son casque avait volé en éclat, dénudant ses mandibules droites.
En passant la griffe sur l’une d’elle, elle entra en contact avec la plaie d’où s’écoulait le fluide vital qui imprégnait sa gorge. Sans se soucier de cette blessure, Sephadee remonta la ligne de son casque et elle trouva finalement une arête arrondi sur son casque. Elle la pressa à deux endroits distincts. Le casque poussa alors un soupir, puis les verrous qui le maintenaient à sa tête s’ouvrirent suffisamment pour que Sephadee en extirpe son crâne. Mais alors qu’elle le retirait, elle sentit comme un ongle de métal lui entailler l’arcade sourcilière. Elle ne poussa aucun gémissement, la douleur n’était déjà plus capable de remonter jusqu’à son cerveau tellement son corps avait souffert de leur crash sur Grande Bonté.
Une fois son visage à l’air libre, la première chose que Sephadee sentit fut un souffle de vent chaud qui lui amenait un relent de plastique brûlé et l’odeur si particulière du plasma. Elle s’efforça de tourner la tête, mais ses yeux étaient aveuglés par le sang violet qui lui coulait de l’arcade sourcilière. Elle chercha à se relever sur ses deux pattes encore tremblantes ; en quittant son siège, elle tourna son regard vers le siège de pilote à ses côtés, mais elle ne vit pas le corps de son subordonné à ses côtés.
Cela veut dire qu’il est encore vivant…
L’aurait-il abandonné ? Mais Sephadee repoussa cette hypothèse lorsqu’elle vit la silhouette de Méphith passer l’encadrement de la porte du cockpit.
-Sommes-nous vivant ? demanda Sephadee.
La question ne sembla pas éveiller la moindre surprise chez Méphith, il se contenta de hocher la tête affirmativement.
-Sortons…
Le son de sa voix avait prit l’allure d’un râle caverneux que Sephadee crut ne pas reconnaître. Mais alors que l’élite se retournait pour rejoindre la cale du vaisseau, Sephadee suivit ses pas sans hésiter. Ils sortirent du séraphin par la faille laissé par le marteau anti-gravité de la brute. Une fois hors de l’appareil, Sephadee plissa ses yeux reptiliens autour d’elle, elle reconnu là-bas les hautes tours de la capitale de l’Alliance qui semblaient émaner d’une lueur grise. Au coeur même de cette volée de bâtiment émergeait l'immense structure forerunner en forme de pyramide qui brillait comme une roche précieuse.
-Faites attention madame, prévint Méphith en la tirant doucement près de lui.
Sephadee se laissa entrainer par le jeune soldat, ses yeux descendant lentement sur le sol… qui se trouvait trois cent mètres plus bas !
-Où sommes-nous Méphith ? demanda-t-elle.
Méphith montra du doigt le nez de leur appareil. Le séraphin s’était encastré dans un mur, la tôle du vaisseau était si froissée qu’on aurait dit un accordéon de métal. Mais dans quel mur ! Sephadee leva les yeux au ciel suivant la longue ligne grise de ce gratte-ciel extra-terrestre.
-Nous nous sommes…
-…crashé contre la sainte chapelle, termina Méphith.
Sephadee resta sans voix. Les deux élites avaient eu de la chance d’être encore en vie malgré la violence de leur « atterrissage », mais de plus ils s’étaient encastrés contre l’un des hauts murs du bâtiment qu’il comptait rejoindre. Mais maintenant, il y avait un hic : comment allaient-ils y rentrer ?
Sephadee avait affiné ses yeux jusqu’à voir cinquante mètres plus haut une plate-forme où quelques phantoms étaient arrimés. S’ils l’atteignaient, ils trouveraient certainement un moyen de secourir les prophètes et de les protéger contre les brutes. Mais un nouveau problème s’annonçait : sur ce mur vertical, il n’y avait aucune prise auxquelles se tenir pour grimper jusqu’à cette plate-forme…
Ils étaient coincés sur leur séraphin, sans moyen de monter, ni de descendre…
-Nous sommes bloqués, conclut Sephadee.
Méphith remua furieusement de la tête.
-Non ! Il y a forcement une solution. Nous avons surement des jet-packs dans la soute !
Sephadee s’assit, abattue par le désespoir et le poids de ses blessures qui commençaient à se réveiller. Elle secoua la tête négativement.
-Pas la peine de chercher… nous avons retiré tout le matériel disponible dans la soute afin d’avoir de la place pour les bombes antimatières et gagner en rapidité. Les jet-packs ont eux aussi été déchargés…
Résignée à attendre une quelconque aide, Sephadee ferma les yeux et se mit à prier les anciens Dieux. Elle espérait par-dessus tout qu’un signe viendrait à eux, une solution, une…
Gniiiiiiiiiih…
Le séraphin avait tremblé ! La queue de l’appareil avait basculé de quelques degrés dans le vide. Sephadee se rattrapa à un morceau de tôle, désorientée pendant quelques secondes, elle laissa échapper de sombres paroles.
-C’est ainsi que les Dieux nous viennent en aide, en écourtant notre attente par une chute dans le vide… j’avoue que c’est efficace.
Méphith frappa du poing la coque du vaisseau.
-Non, ça ne peut pas se passer comme ça ! Pas après tous ces efforts !
En proie à la rage, il s’approcha du vide, ses yeux fixant la distance qui le séparait d’une mort certaine. Allait-il sauter ? Sephadee allait l’en dissuader lorsque le jeune guerrier se tourna vers elle.
-Je pense que je n’ai pas le choix, lâcha Méphith, je vais vous laisser un moment toute seule madame...
L’élite posa les mains sur sa taille, prenant en main le fusil à plasma et la lame qui pendait à sa ceinture. Il les déposa devant la guerrière qui le regardait de ses yeux reptiliens. Elle se croyait comme marchant dans un rêve, l’esprit embué. Elle n’avait même plus la force de dissuader son coéquipier du suicide qu’il allait commettre… c’était insensé… mais s’ils attendaient, la fin serait la même: ils basculeraient avec le séraphin.
Sephadee baissa les yeux, ne voulant pas regarder cette scène horrible. Elle posa son regard sur le manche de l’épée à plasma devant elle, étrangement, son esprit commença à tourner à plein régime. Oui, la solution était sous ses yeux !
-Attends ! J’ai trouvé un moyen d’atteindre cette plate-forme !
Méphith se figea sur place. C’est avec une certaine lenteur qu’il tourna la tête vers son supérieur, une lueur d’espoir semblait s’être embrasée dans ses pupilles.
