T.2 Les miroirs de larmes, prologue.

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Zabuza et Haku, T.2

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Prologue :

 

Une bien belle journée. Oui, c’est ainsi que l’on pouvait la décrire. Le ciel comme la mer ressemblaient à deux miroirs qui se renvoyaient leur reflet, sans aucun nuage, sans aucune ride, les deux étendues de bleu semblaient se confondre. Si bien que l’horizon n’était plus qu’une ligne mal effacée qui ne parvenait même plus à séparer correctement l’océan céleste de la voûte maritime.

Seuls quelques oiseaux, planant sur les courants aériens, permettaient de distinguer le ciel de la mer. Leurs piaillements rapportés par le vent paraissaient ceux de mouettes, mais leur robe de jais semblait entraîner derrière eux le poids du malheur.

Le ciel drapé de son manteau d’azur ne tarda pas à se tâcher de rouge et de noir. D’immenses nuages noirâtres piqués d’étoiles rougeoyants étaient poussés par le zéphyr, leur lourde masse laissaient pleuvoir une neige couleur d’encre sur l’onde calme des flots. Ce fut comme si un voile d’ombre avait couvert la mer. Les étoiles de braise rendaient leur dernier soupir au contact de l’eau souillée.

Ces odeurs de cendres, de braises et de sang ne faisaient que raviver l’appétit des noirs rapaces, leurs ailes de corbeau battirent plus vigoureusement, luttant contre ce vent contraire. Leur bec happant les quelques cristaux d’encre qui dansaient autour d’eux avant de plonger vers les feux et les flammes rougeoyantes d’une petite ville côtière. Les hurlements qui s’élevaient de la ville de pêcheur ne faisaient qu’exacerber la faim de la volée de carnivores qui s’abattit sur les ruines encore fumantes de quelques maisons.

Quelques mètres plus bas, au niveau du sol, le village était en pleine effusion, les voix d’hommes et de femmes déformées par la peur et la haine retentissaient comme les échos à l’intérieur d’une caverne. Le chaos était total dans les rues, quelques guerriers en armure cherchaient à évacuer les civils hors de l’enceinte de la ville côtière, mais la panique semblait avoir eu raison de nombre d’entre eux et tous se précipitaient loin du foyer de violences près du port.

Au travers des flammes et des panaches de fumée noire, on entrapercevait les éclats d’armures de samouraïs et de soldats qui brandissaient avec hargne leurs armes en direction d’un monticule. Semblable à une petite colline haute de deux mètres de haut, on apercevait à son somme une haute silhouette qui fixait d’un regard calme le cercle de ses ennemis. Mais ce qui apparaissait comme une colline auparavant n’était en fait qu’un monticule de cadavres empilés les uns sur les autres. Les larges entailles qui marquaient leurs corps et le métal de leurs armures laissaient échapper des flots de sang aux teintes rubis. Comme auteur de ce massacre, un homme au teint de cendre se tenait debout, nonchalamment adossé contre une lourde lame longue d’au moins deux mètres de long. Enfoncée dans le tas de chair, le fil de la lame était teinté de rubis, s’abreuvant du chaud liquide vital pendant que son maître s’appuyait sur elle comme pour s’offrir un moment de répit.

-C’est un monstre !

-Ne rompez pas les rangs ! Restez en formation !!

Malgré le calme apparent du guerrier, il osa jeter ses yeux couleur acier sur le large cercles de soldats qui s’était formé autour de lui. Les guerriers étaient largement supérieurs en nombre face au seul ninja qui avait décimé toute une garnison à lui seul en quelques coups d’épées. Face à l’assaut d’un tel démon, la milice toute entière de la ville s’était réuni sur les quais pour l’affronter, délaissant la ville de toute protection contre l’extérieur et la plongeant dans le désordre le plus total.

C’est alors que dans ce tissu incohérent de cris et de hurlements, un ordre plus puissant que les autres s’éleva des lèvres d’un samouraï. Comme d’un seul homme, la horde de soldats poussa un hurlement vengeur à l’unisson et chargèrent le démon qui avait fauché tant de vies dans leurs rangs.

Attentif à la marée humaine qui allait s’abattre sur lui, Zabuza laissa sa main glisser sur le manche de son fendoir, prête à la dégainer de son fourreau de chair. Mais alors que les guerriers fondaient sur lui, il retint sa main lorsqu’il vit un brouillard de brume se former tout autour de lui. Un léger sourire s’étira sous ses bandages alors qu’une voix familière s’éleva au-dessus du champ de bataille. Aussi douce que le son d’une harpe, les mots résonnèrent dans la brume comme une mélodie.

-Hyouton… Makyo Hyosho…

Les sabres et les lances s’abattirent sur Zabuza. Mais jamais elles ne l’atteignirent, stoppées net par une multitudes d’écran de glace qui s’étaient érigés autour du ninja de kiri. Les pointes de métal rebondirent sur la surface lisse et glacée de ces écrans de givre.

Le shogun qui avait lancé l’ordre d’attaque ne se résigna pas pour autant et abattit plus durement le tranchant de sa lame sur le miroir face à lui. Mais alors qu’il levait les bras pour une prochaine attaque, il fut troublé par un reflet dans le miroir qui n’était pas le sien : deux longs cils semblables à des vaguelettes s’étaient posés sur lui. La crainte s’insinua dans ses veines lorsqu’il croisa le regard de ce masque sans expression, un doute paralysa ses muscles juste avant que deux mains d’une blanche pâleur se mirent à composer des signes.

Le même doux murmure de harpe glissa dans l’air, sonnant de sa note cristalline la fin de cette bataille.

-Hyouton, Sensatsu Suisho… (déploiement aqueux fatal)

C’est alors que tous les miroirs autour de Zabuza semblèrent se déformer lentement, leur surface se couvrit de piquants comme ceux d’un hérisson et dardèrent leurs pointes vers les soldats agglutinés autour des miroirs de glace.

Il n’y eut plus aucun cri. Seuls le sifflement aigu des aiguilles de glace et le bruit mat des corps inertes s’effondrant sur le sol rompirent le silence de cet instant. Et c’est avec des croassements ignobles et des battements d’ailes secs que les corbeaux se jetèrent tels des rapaces sur les dépouilles des guerriers morts.

Seul, au sommet du monticule de cadavres, comme une pointe d’argent, s’élevait les miroirs de glace qui s’évanouirent tout à coup. A côté de Zabuza était apparu une petite silhouette vêtue de vert et le visage voilé d’un masque blanc aux arabesques rouges.

Le jeune homme s’inclina devant Zabuza. Ce-dernier le dépassa pour atteindre les quais, là où plusieurs dizaines de navires étaient en mouillage.

Après quelques incantations, Zabuza les fit sombrer sous les coups ravageurs d’une immense bête aqueuse à la crinière d’écume. Il ne resta alors plus rien des fiers bâtiments de guerre et des navires de pêche, le port lui même s’effondra sous les rafales dévastatrices de ce dragon des mers. Une fois les quais dévastés, le calme revint et il n’y eut plus un seul bruit si ce n’est celui des pas des deux ninjas de Kiri.

-Mission accomplie, siffla Zabuza, Rentrons chez nous Haku…

Et sans mot dire ; identiques aux volutes de fumée qui avaient envahi la ville, Zabuza et Haku disparurent. Laissant derrière eux une ville saccagée et une armée de cadavres attaqués par les grands coups de becs voraces des corbeaux.

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