Les miroirs de larmes, chapitre 01.

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Chapitre 1 :

Deux jours après l’attaque de la ville côtière…

Zabuza posa le balluchon de linge sur la table. Gato jeta un coup d’œil sur le tas de tissus posé en face de lui. Confortablement installé sur un fauteuil capitonné, il toisait Zabuza à regard égal. Comme si les événements qui s’étaient déroulés dans le bunker moins d’une semaine plus tôt avaient disparu de sa mémoire.

Il tâta du bout de sa canne le colis déposé sur la table basse avant de se pencher et de défaire le nœud qui trônait à son sommet. Il déplia le balluchon et découvrit le visage calme et paisible d’un homme dont la peau avait pris une teinte grise morbide, l’odeur de sang et de décomposition commença à se répandre.

Mais Gato ne s’en offusqua pas, il ne fut même pas surpris du cadeau de son mercenaire, bien au contraire, un sourire cynique fleurissait sur son visage. Il reposa les linges imbibés de sang sur le crâne décapité et s’adossa contre son fauteuil, il paraissait aux anges.

-Un bon travail, concéda le millionnaire.

Il jeta sur la table le journal local dont les gros titres affichaient les exploits du nukenin de Kiri.

-Maintenant que vous m’avez fourni la preuve de votre travail…

Gato donna un petit coup de canne sur le balluchon qui contenait le trophée sanglant.

-Vous pensiez que quelqu’un d’autre aurait fait ce coup d’éclat à ma place ? lança Zabuza avec une sombre ironie, ça aurait été une étrange coïncidence…

-Certes, avoua Gato, mais sans preuve, je n’aurais pas pu vous rémunérer pour ce… service…

Zabuza lança un regard noir à Gato, regard que le millionnaire affronta derrière ses petites lunettes noires.

-« Toute une flotte commerciale annihilée », « l’armée du seigneur de la cité anéantie », « le gouverneur retrouvé décapité », récita Gato. C’était l’un des obstacles les plus importants qui entravait ma conquête de ce fichu pays. Maintenant que cette flotte commerciale n’existe plus, je contrôle la totalité du commerce de cet archipel. Bientôt, tous ces habitants seront à ma botte, ce n’est qu’une question de temps.

Le mafieux paraissait exalté, mais sa joie ne semblait pas affecter Zabuza qui le regardait fixement sans exprimer le moindre sentiment. Ce qui refroidit quelque peu Gato et le ramena à la réalité présente.

-… parlons de votre salaire si vous le voulez bien…

Le malfrat se pencha vers la petite mallette que Gato avait décidé de garder auprès de lui durant leur rencontre. Il la déposa à plat devant Zabuza et déverrouilla les sécurités avant d’ouvrir la valise sous les yeux du ninja. Le déserteur ne montra aucune surprise en découvrant les flots de coupures alignées et rangées soigneusement dans la mallette. Depuis le temps qu’il travaillait pour cet homme, il avait pris l’habitude de voir passer autant d’argent sous ses yeux. Il ne prit pas la peine de compter, ses subordonnés le feraient pour lui et puis Gato savait ce qui arriverait si jamais la somme obtenue n’était pas la même que celle promise…

Zabuza referma la valise et la déposa au sol. Gato croisa les mains devant son visage et s’appuya sur la table. Visiblement, il souhaitait prolonger leur entrevue.

-J’aimerais maintenant vous parler de votre prochaine mission…

 

Non loin de là, sous le couvert des bois, une personne aux allures enfantines glissait comme une ombre parmi les arbustes. Vêtu d’un long kimono parme, ses longs cheveux noirs tombaient sur ses épaules comme une cascade d’onyx. De loin comme de près, la jeune silhouette était d’une beauté saisissante tant ses traits étaient fins et quasi parfait. Son accoutrement et la subtile féminité de sa démarche le faisait ressembler à une jeune adolescente. Mais du haut de ses quatorze ans, Haku fouillait du regard l’étendue herbeuse sous ses pieds, cherchant des plantes dont lui seul connaissait l’existence et l’usage.

De temps à autre, il braquait son regard vers la petite aile de la planque où Zabuza et Gato s’étaient réunis. Evidemment, il était suffisamment loin pour ne pas se faire remarquer par les gardes de Gato -qui cette fois-ci attendaient sagement devant l’entrée- et suffisamment près pour percevoir la présence de son maître et surveiller si tout allait bien.

Gato savait-il que l’endroit où il se trouvait était la planque du Démon de Kiri et de son clan de renégats ? Même si le riche bandit connaissait la véritable nature de cet endroit, Zabuza ne craignait rien de ce petit homme. S’il arrivait encore à faire passer sa planque pour un lieu de rendez-vous, ce n’était que pour s’amuser de Gato et conserver un coup d’avance sur celui-ci. Si jamais le milliardaire décidait de se retourner contre lui, la première chose qu’il ferait serait de fouiller les sept lieux de rencontre à travers le pays des vagues… Zabuza les y attendrait sagement ici évidemment…

Il n’y a rien à craindre pour lui…

Mais même en se répétant cela, Haku ne pouvait pas échapper à son attitude protectrice envers son maître. C’est pourquoi il restait à l’affut du moindre imprévu tout en se faisant passer pour un simple randonneur.

Il s’agenouilla et attrapa une boule de poils blancs qui paraissait comme un flocon de neige dans cette mer de vert. Les longues oreilles de l’animal se dressèrent et les yeux roses scrutèrent le beau visage du jeune homme.

Haku se contenta de sourire mystérieusement en passant ses doigts dans le pelage du petit rongeur, mais tout à coup, le lapin se mit à trembler. De légers spasmes parcouraient son corps et il ne cessait de gigoter, comme voulant se défaire de la prise d’Haku.

-Qu’est-ce qui t’arrive tout à coup ? Pourquoi es-tu si nerveux ?

Mais Haku avait beau chercher à l’apaiser par tous les moyens possibles, la petite créature continuait de se débattre en poussant des petits couinements, les oreilles dressées vers le ciel.

Le jeune ninja leva les yeux vers les cieux, comme si il pouvait y trouver une réponse. Mais à part la course des nuages, le garçon ne vit rien d’inquiétant. Si ce n’est un point chatoyant qui semblait briller avec le soleil. Aux cercles que cette chose scintillante semblait tracer, Haku crut discerner la silhouette d’un oiseau. Un aigle ou alors…

Un faucon… tiens donc.

Profitant de cet instant d’inattention, le rongeur se libéra de l’étreinte de son jeune propriétaire et bondit à travers les feuillages, laissant Haku admirer le ballet aérien de cet oiseau qui faisait miroiter les rayons du soleil. Haku ne savait pas comment décrire cette étrange attirance qui naissait en lui, il avait comme l’impression que cet animal lui adressait un message silencieux en volant si haut. Le cherchait-il ?

- Attends-moi là-haut, mon ami…

 

A hauteur des nuages, le rapace qu’avait aperçu Haku dansait dans les airs. Son plumage chatoyant lui assurait une parfaite glisse sur les courants aériens qui tempêtaient au-dessus du pays des vagues. Il était caparaçonné d’une feuille de métal dorée qui étincelait sous les rayons du soleil.

En tournant ainsi en rond au-dessus de la forêt, l’animal aurait dû être repéré depuis pas mal de temps. Son instinct lui disait que la personne qu’il devait trouver était dans les environs, il ne lui restait qu’à le dénicher dans ce couvert d’arbres aux hautes cimes.

Mais c’est lorsque ses yeux perçants virent un reflet glacé quelques mètres plus bas qu’il descendit vers cet étrange jeune homme en kimono parme perché à une bonne centaine de mètres au dessus du sol sur un écran de glace.

A l’approche du volatile, Haku présenta son bras comme l’aurait fait un maître-fauconnier. L’oiseau ne parut pas hésiter un seul instant et y enroula ses serres et sa longue queue semblable à un ruban. Sous le poids du faucon, Haku se sentit chanceler. Tenir en équilibre à une telle hauteur lui était difficile, surtout que les vents paraissaient s’acharner à essayer de le faire tomber de sa plate-forme de glace.

-Il est plus prudent que nous descendions, tu ne penses pas ? lança Haku avec un demi-sourire.

Sans laisser le temps qu’une nouvelle bourrasque ne lui ascène un revers fatal, Haku joignit l’une de ses mains en un signe et son corps se mit à glisser dans le carcan de glace qui lui servait de plate-forme dans ces hauteurs.

Le faucon ne parut pas effarouché d’être ainsi englouti par le miroir d’Haku, il se laissa faire comme si cela était la chose la plus courante à laquelle il avait affaire.

Une fois totalement absorbé par l’écran de givre, le reflet d’Haku réapparut sur la surface d’un second miroir au ras du sol. Il s’extirpa de son carcan gelé avec aisance pour retomber doucement sur l’herbe. Le faucon s’ébroua comme pour se délester du froid qui avait pénétré ses plumes.

-Tout doux, calma Haku avec un sourire innocent.

Le jeune garçon flatta le plumage fauve du faucon de plusieurs caresses. Il s’émerveilla de la docilité avec laquelle l’animal se laissa cajoler. Jamais Haku n’avait vu pareil oiseau se fier à un être humain si rapidemment. Il posa alors son regard sur la plaque de métal jaune qui saignait son échine et compris que l’animal était domestiqué.

Il cherche probablement son maître.

En s’attardant sur l’une des puissantes serres du rapace, Haku vit une lanière en cuir et un tube de cuivre attaché à sa patte gauche. La cartouche de cuivre était scellée et un minuscule blason était gravé sur sa surface. En s’abimant suffisamment les yeux dessus, Haku reconnut là le chiffre 7 frappé par-dessus quatre vaguelettes. Le jeune déserteur ne comprit rien de la signification de ce chiffre, mais les quatre vaguelettes gravées sur ce tube étaient aussi le symbole qui était inscrit sur son propre bandeau frontal sous son kimono.

Un message en provenance du village de Kiri ?

Un étrange mal être commençait à se répandre dans les veines du jeune homme. Depuis l’insurrection menée par Zabuza au pays de la brume, jamais Haku n’avait vu Zabuza recevoir de message en provenance de Kiri. Personne ne savait que lui et ses hommes avaient élu résidence ici au pays des vagues… en principe.

Haku se sentit comme observé, mais il n’y avait pas signe de vie aux alentours. Comme si la présence de ce faucon avait amené ici bas un œil invisible qui épiait désormais ses moindres gestes. Le jeune ninja se sentit stupide au milieu de cette forêt, mais il n’arrivait pas à se débarrasser de l’horrible impression d’être observé à son insu.

Il contempla de nouveau le superbe oiseau qui piaillait d’impatience sur son bras.

-J’ai l’impression que tu ne nous apportes pas de très bonnes nouvelles, mon ami…

L’animal se contenta de monter sur l’épaule de l’adolescent tandis que ce dernier se dirigeait vers la planque avec la ferme intention de remettre le volatile à son maître. Lui saura quoi faire.

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