Les miroirs de larmes, chapitre 2.
Chapitre 2 :
-Alors ? siffla Gato entre ses dents, marché conclu ?
La crapule s’accouda sans politesse sur la table, son long sourire s’étalait si disgracieusement sur son visage de crapaud qu’on aurait cru une grimace.
Intérieurement, Zabuza gardait sous silence le dégout qu’il éprouvait envers cet homme. Le ninja renégat avait déjà côtoyé de nombreux hommes ivres de pouvoirs, mais jamais il ne s’était frotté à une créature si pathétique et si lâche que Gato. Si cet homme n’avait pas été une telle source de revenu pour financer ses propres projets, Zabuza l’aurait surement éliminé sur le champ. Ce genre de personnes le dégoutait plus que tout et jamais sa lame ne l’avait autant démangé jusqu’à aujourd’hui.
Patience…
Pour se soustraire à la vue de cet être navrant, Zabuza replongea son esprit sur le petit carré de papier glacé qui reposait entre ses doigts. Il examina avec attention les traits de la prochaine victime qui succomberait sous sa lame ;la première chose qui le frappa en étudiant l’homme sur la photo fut l’incroyable pauvreté qu’il affichait. C’était juste un simple citoyen de cet archipel, juste un grain de sable dans l’océan de cupidité de Gato. Cette personne ne représentait certainement pas un grand danger. Dans ce cas, pourquoi son employeur voulait-il la mort d’un tel homme ?
-Assassiner un charpentier… reprit Zabuza avec lenteur, moi qui étais habitué à éliminer de grands hommes pour la même somme que vous me promettez…
Zabuza laissa trainer son commentaire en l’espaçant d’un long silence. Ce qui eut pour seul effet de faire disparaître le sourire du malfrat. Une petite victoire pour le nukenin.
-Vos hommes de main sont-ils si mauvais qu’ils ne peuvent pas vous débarrasser d’un simple ouvrier ? lâcha Zabuza sans aucune ironie dans la voix.
-Je ne vous paye pas pour poser des questions ! rétorqua le millionnaire.
Visiblement, Zabuza avait touché un point sensible… Ses lèvres s’arquèrent en un sourire discret, sourire que Gato ne dénota pas sous le masque de bandages de son acolyte.
Fufufu… Si simple…
-Bon, conclut le shinobi, alors je me vois obliger de refuser cette mission d’assassinat…
Gato bondit de sa chaise, plaquant ses deux mains sur la table qui séparait les deux hommes en poussant un « QUOOAAA ?!!! » rugissant. Zabuza s’amusa de voir cette face ignoble se déformer sous la colère, on aurait réellement cru avoir affaire à un crapaud gigantesque.
-COMMENT ÇA?!! Vous refusez la mission que je vous confie !?
Zabuza affirma d’un signe de tête franc. Il posa ses pieds sur la table, juste sous le nez de l’horrible batracien et prit ses aises sur sa chaise.
-Gato… comprends bien ce que je vais te dire, reprit Zabuza avec un mépris non dissimulé, je n’accepte aucune mission sans en connaître les enjeux. Si je ne connais pas parfaitement tout ce qui concerne cette mission, les imprévus sont inévitables… Et avec l’imprévu, l’échec de la mission… Vous devriez être habitué, à force de louer mes services depuis toutes ces années…
La petite créature en face du shinobi se mit à trembler furieusement, plus de rage que de peur. Ce renégat cherchait à lui donner une leçon… Mais pire que ça ! Il avait osé le tutoyer en lui parlant de si haut ! Gato était trop habitué à être au sommet, se faire remettre à sa place par un subalterne était de trop.
Même si Gato était impulsif et colérique, il n’avait pas moins de cervelle… il n’irait pas jusqu’à laisser à Zabuza une raison de lui trancher la tête. Tout au long de la discussion, il avait gardé un œil sur le lourd fendoir du shinobi et avait tout fait pour contenir les frissons qui l’avaient transporté lorsque la main de Zabuza s’approchait par mégarde près du manche de la lame.
Non, il devait essayer de garder Zabuza de son côté le plus longtemps possible… et de préférence le temps que cette mission soit accomplie…
-Très bien… accepta Gato avec un soupir frustré.
Il se rassit avec calme sur sa chaise et ramena sa valise sur ses genoux.
-Avant de vous contacter, j’ai d’abord envoyé mes propres hommes pour intimider la personne sur cette photo. Mais il a si bien résisté à nos menaces que j’ai… mis une prime sur sa tête… J’ai donné l’ordre à mes hommes de main de l’éliminer. Mais je voulais que sa mort soit discrète… Mais dieu sait comment, ce bougre de charpentier a eu vent de mon ordre et il a quitté le pays des vagues. Pendant quelques temps j’ai cru qu’il avait fuit de peur de perdre sa pitoyable vie, mais mes informateurs m’ont rapporté qu’il avait atteint le pays du feu pour demander de l’aide à des ninjas… des ninjas de Konoha.
Zabuza se raidit à la mention du nom du village caché des feuilles, son intérêt semblait s’être réveillé au moment même où l’idée d’affronter des shinobis lui effleura l’esprit. Les ninjas eux au moins étaient une menace plus importante que ces vulgaires samouraïs à la botte du seigneur du pays des vagues… et ils étaient plus divertissants qui plus est…
-Je ne connais rien de ces villages de ninjas, avoua Gato, ni des pouvoirs qu’ils possèdent. Mais rien qu’en voyant les exploits dont le “démon de kiri” est capable, je préfère assurer mes devants contre cette nouvelle menace. Combattre le feu par le feu…
Zabuza garda le silence. Laissant Gato exprimer ses peurs et ses doutes derrière un voile de rictus mal maitrisés.
Des ninjas de Konoha…
A cette pensée, le souvenir de ses premiers pas dans l’archipel lui revint en mémoire. Le ninja anonyme de Konoha qu’il avait combattu quelques années auparavant (*voir Zabuza et Haku Tome 1, Les brumes du passé ) sembla ressurgir du passé devant ses yeux. Un frisson d’excitation parcourut son échine, mais le vent froid de ses cicatrices lui rappela avec quelle force il avait faillit passer sous le fil de sa lance ce jour même.
Yondaime… ou qui que tu fus… Etrangement,… même si tu as été mon ennemi… un adversaire de ta trempe me manque…
A cet instant, Zabuza en était à prié pour que ce charpentier déniche d’aussi bons éléments que le blondin dont il avait écourté la vie. Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas eu d’adversaire à sa taille.
-Très bien, j’accepte cette mission, termina Zabuza.
Il croisa les bras sur sa poitrine et croisa le regard glacé de Gato. Le malfrat laissa échapper un de ses sourires de batracien et se leva. Mais alors qu’il tournait le dos à Zabuza, deux coups sourds rebondirent sur le bois de la porte par laquelle le millionnaire allait partir.
Zabuza et Gato se figèrent et regardèrent fixement le panneau de la porte.
Le renégat de Kiri se dressa de toute sa hauteur.
-Entre, Haku.
Le jeune homme actionna la poignée et poussa doucement la porte. Il se retrouva juste devant Gato qui n’avait pas bougé d’un pouce. Mais Haku ne lui prêta aucune attention et resta dans l’encadrement de la porte. Il adressa une légère courbette vers son maître. L’oiseau qui reposait sur l’épaule d’Haku se mit à piailler en manquant de tomber de son perchoir. Mais lorsque ses pupilles noires tombèrent sur Zabuza, le faucon battit frénétiquement des ailes dans sa direction, manquant d’éborgner Gato avec sa longue queue en ruban.
Zabuza tendit le bras presque naturellement et le messager ailé planta délicatement ses serres sur son nouveau perchoir. Le renégat du pays de la brume laissa échapper un souffle court.
-Kubitaka…
Haku leva la tête vers son maître avec surprise. Il connaissait cet animal ?
Comment a-t-il appelé le faucon ?
-Qu’est-ce qui se passe ici !? beugla Gato irrité de cet imprévu.
Mais même les invectives du millionnaire ne purent rompre la concentration de Zabuza. Et Haku l’avait bien remarqué : son maître fixait avec insistance le tube de cuivre attaché à la patte du faucon. Mais l’expression qui était apparue sur son visage était teintée d’angoisse. Cela n’annonçait rien de bon… Pourquoi son maître paraissait si anxieux en présence de ce faucon ?
-Zabuza-san ? Hésita Haku.
Le shinobi de la brume s’attarda encore quelques secondes à étudier le tube métallique avant de poser son regard sur son jeune disciple. Son air paraissait si grave. Sans même avoir lu le message contenu dans la cartouche de cuivre, Haku pouvait déjà deviner que cette missive ne réjouissait pas Zabuza.
-Haku…
Le jeune homme plongea son regard dans celui de son maître, ce seul lien lui suffisait à sentir l’incroyable tension que Zabuza cherchait à calmer en son for intérieur.
« Raccompagne notre ami jusqu’à la sortie… tout de suite… et reviens me voir.
Haku lâcha un bref « oui » avant de sortir de la pièce avec Gato sur ses talons. Alors qu’il traversait les longs couloirs de la demeure, Haku ne savait pas comment interpréter la sensation de froid qui lui prenait les tripes. Inconsciemment, il sentait qu’un nuage sombre s’apprêtait à poser un voile de nuit sur leur vie.
Maintenant seul avec lui-même, Zabuza tourna le dos à la porte d’où Haku et Gato avait disparu et s’approcha de la baie vitrée qui laissait filtrer les rares rayons du soleil qui arrivaient à passer à travers le couvert des arbres. Sur son avant-bras, Kubitaka semblait s’impatienter, il se mit à piailler et à donner de petits coups de bec dans le vide. Zabuza approcha une main rassurante sur le col de la bête, puis il arracha le petit tube métallique qui pendait à la patte du messager.
Lorsque la cartouche entra en contact avec Zabuza, elle se mit à scintiller d’un étrange chakra bleu. L’aura surnaturelle qui émanait du cylindre de cuivre traça des courbes sur sa surface. Les arabesques bleues dansèrent sur le métal et illuminèrent les quatre vaguelettes de Kiri et le chiffre sept qui étaient gravés sur la surface de la cartouche. C’est alors que les lignes de chakra firent apparaître un symbole qui était invisible à l’œil nu auparavant : une épée s’était dessinée. Comme un blason, la claymore paraissait porter sur son plat l’emblème de Kiri et le chiffre sept en question.
Mais le phénomène ne s’arrêta pas là. Dans une subtile calligraphie, les arcs de chakra tracèrent les courbes de deux initiales juste en dessous du blason : les lettres A et S.
C’est alors que le chakra couleur de ciel disparut progressivement comme de la brume emportée par le vent. Mais les marques qu’il avait tracées sur le métal étaient restées gravées à sa surface, ses contours noircis comme si une flamme avait léché la cartouche.
Zabuza referma ses doigts sur le tube de cuivre sans ressentir la moindre chaleur, le métal était toujours aussi froid qu’avant. Il fourra l’objet dans sa poche puis s’approcha de la baie vitrée. Il ouvrit la fenêtre et monta au balcon. Là, à quelques mètres de haut du sol, il tendit devant lui le bras sur lequel l’oiseau au plumage chatoyant était posé. Le rapace brassa l’air de ses puissantes ailes et sauta de son juchoir. Sa mission de messager était terminée, il n’avait plus qu’à rejoindre les hauteurs et retourner vers son maître.
Zabuza regarda Kubitaka disparaitre derrière les nuages avant de rentrer et de fermer la baie derrière lui. Il s’affala sur son fauteuil et sortit la cartouche de sa poche.
Je pense que je n’ai pas le choix… Ame-san…
