Les miroirs de larmes, chapitre 0.

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Chapitre 0 :


Deux jours plus tôt... 

 

Debout dans l’ombre, Gato sentit un horrible frisson lui parcourir l’échine. Quelques gouttes de sueur perlaient sur son front, roulant doucement sous son complet de feutre noir un peu trop large. Lorsque les perles de sueur arrivèrent jusqu’à son poignet, il chercha à calmer le picotement produit en resserant maladroitement ses mains sur le pommeau de sa canne.

Il était nerveux. Comme toutes les fois où il avait à traiter avec cet homme. Accompagné comme à son habitude de ses quatre gardes du corps, il n’avait rien à craindre face à un seul homme, qu’il fut ninja ou non. Mais pourtant, Gato commençait à en douter… il avait eu vent des terribles exploits du mercenaire, semant le chaos à travers l’archipel du pays des vagues. Appauvrissant son seigneur et ses habitants au profit de la Gato Company. Et pour cause ! C’était même lui, Gato, qui avait engagé ce ninja pour assurer la terreur dans ce petit royaume, SON royaume dorénavant. Oui, bientôt il gouvernerait ce pays en monopolisant son unique source de richesse : l’industrie navale. Même le seigneur de cet archipel avait déjà ployé sous sa main, il ne restait plus que quelques petites poches de résistance dans certaines contrées, des mouches, de simples moustiques facilement écrasés.

Mais un doute subsistait dans l’esprit du riche truand, qu’en sera-t’il lorsque sa compagnie aura mis la main sur le pays ? Un jour, ce renégat du village de la brume deviendrait une gêne pour les ambitions de Gato. Ce dernier avait toujours espéré que le paria se ferait tuer au cours d’une des missions qu’il lui confiait, mais le démon de Kiri n’en revenait que toujours auréolé de gloire. On aurait dit que rien ne pouvait l’anéantir, avec lui tout devenait possible. Et cela effrayait encore plus le truand qui ne savait rien du monde ninja, si ce n’est que ces shinobis possédaient des pouvoirs hors de portée du commun des mortels.

Pour une fois dans sa vie, le milliardaire eut des regrets. Il n’aurait peut être jamais du engager Zabuza pour effectuer ce genre de travail. Ses services devenaient de plus en plus chers pour des besognes de moins en moins dangereuses. A ce rythme là, Gato perdrait plus d’argent qu’il n’en gagnerait en mettant à sac le pays des vagues. Ce renégat devenait très génant…

 

Un de ses garde du corps se tourna vers lui. Il avait beau être un homme de main très adroit dans sa profession, mais Gato lisait sur ses traits crispés qu’il cachait une certaine panique.

-Boss, je crois que ce type ne viendra pas, osa-t-il, il est déjà en retard de trois minutes et ce ne serait pas prudent de rester ici… pour votre sécurité…

Pris d’une soudaine poussée de colère, le truand sonna le glas de cette discussion en martelant le sol dallé avec la pointe de sa canne. Son subordonné se tut, les autres tournèrent leur regard sur leur patron, tout en gardant la main posée sur leurs armes cachées sous les plis de leurs costumes.

Ils étaient environné par les ténèbres de cette pièce qui était l’un des nombreux lieux de rendez-vous où Zabuza et son employeur se retrouvaient pour faire affaire. Gato avait demandé à ce que soit aménager un tel lieu pour éviter que des yeux trop curieux ne s’inquiètent de voir Zabuza entrer et sortir trop souvent du siège social de son entreprise. Cela aurait été se dénoncer comme auteur de tous les maux de ce pays, ce qui était vrai, et tous les habitants de cet archipel le savaient implicitement, mais le manque de preuves suffisantes contre lui jouait en sa faveur. Tant que personne n’arrèterait le ninja renégat vivant et ne lui fasse avouer le nom de son employeur, Gato n’avait rien à craindre.

Ils étaient donc là, au beau milieu d’une forêt, à l’intérieur d’un petit bâtiment qui ne comportait qu’une pièce sans la moindre fenêtre. Il y avait deux portes, une à chaque bout de cette pièce. Les membres de chaque parti devaient se présenter sous la lumière puissante d’un énorme projecteur qui pendait au-dessus de leur tête. Seul celui de Gato et de son équipe était allumé, le second projecteur pendant au plafond quelques mêtres plus loin était resté éteint signalant que leur hôte ne semblait pas être encore arrivé.

Et l’absence du ninja ne fit qu’accroître la colère du truand dont les jointures devinrent blanches à force de serrer le pommeau de sa canne. Il perdait patience à chaque seconde qui s’égrennait.

-Il entendra parler de moi ! lança-t-il finalement, ce mercenaire apprendra qu’il ne faut pas me faire perdre mon temps en arrivant en retard !

Le vieil homme fit volte-face, engageant dejà son chemin vers la porte par laquelle il était entré.

C’est à ce moment précis qu’un déclic retentit en écho dans la pièce, un second halo lumineux se dessina au plafond et projeta son ombre blanche sur un divan aménagé juste en dessous. Gato se retourna lentement pour croiser le regard aux paupières closes de Zabuza. Sa soudaine apparition fit jaillir des armes à feu de sous les complets des hommes de main de Gato, mais le ninja de Kiri ne bougea pas un cil, restant calmement assis sur son fauteuil, sa tête reposant sur ses mains jointes.

Gato remarqua la présence du lourd fendoir du guerrier sur ses genoux. Le fil de la lame n’était pas dirigé dans leur direction… c’était signe qu’il n’était pas d’humeur assassine cette fois-ci… cela rassura quelque peu le multimilliardaire.

-Eh bien, vous en avez mis du temps !

Les pupilles onyx de Zabuza apparurent à la lumière à l’instant même où Gato terminait sa phrase. Malgré l’air renfrogné que le ninja de Kiri affichait, il gardait cependant une voix calme et froide.

-J’étais là une demi-heure en avance… se contenta-t-il de dire.

-Quoi ?! Dans ce cas pourquoi nous faire attendre comme ça alors que vous vous cachiez dans le noir ?!! ragea Gato excédé.

Zabuza accrocha le regard du truand, le figeant pendant un instant.

-Pour connaître les limites de votre patience…

Gato se raidit devant l’arrogance qu’affichait cet homme, mais il ne put placer un mot pour le remettre à sa place que Zabuza continua.

« Vous m’avez envoyé un message ce matin, rappela le ninja, me demandant de vous rejoindre ici à l’heure actuelle pour me confier une nouvelle mission.

« En quoi consiste-t-elle ?

-Qui vous dit que j’ai encore envie de vous la confier ?! cracha Gato.

-Un cloporte comme vous ne peut pas remplir cette mission, lâcha Zabuza grinçant, et vos lèches-bottes non plus. C’est pourquoi vous avez besoin de moi.

C’est alors qu’un des gorilles du milliardaire fut trop zélé et leva le canon de son arme à feu dans la direction du renégat. Il fut aussitôt suivi par deux de ses collègues et tous les trois lachèrent une pluie de projectiles sur le ninja de Kiri. Mais jamais elle ne l’atteignirent : les balles firent naître d’étranges toiles d’araignée pendues dans le vide entre Zabuza et ses agresseurs. En tendant l’oreille, Gato entendit le bruit de cristal brisé qui accompagnait chaque impact de balle et chaque nouvelle « toile » qui apparaissait.

-Cessez de tirez ! hurla Gato, il est derrière une vitre pare-balles ! Vos armes n’ont aucun effet contre lui !

Et dire que pendant un instant, Gato avait cru que Zabuza allait vraiment mourir, sa joie lui fut très vite arrachée… Et un courant d’air glacé passa au dessus de sa tête. La seconde d’après, les trois hommes qui avaient fait feu sur Zabuza s’étaient retrouvé allongé sur le sol dans une mare de leur propre sang, leur tête leur manquait à tous les trois.

En voyant cela, Gato et son dernier acolyte reculèrent brusquement. Ils voyaient indistinctement le fil tranchant de la lame du ninja qui dansait dans la pénombre, pale reflet du projecteur duquel le truand et son subordonné n’osaient quitter le halo lumineux de peur d’être tranché en deux.

-Maintenant…

Gato jeta un coup d’œil dans la direction d’où provenait la voix, il fut alors surpris de voir le ninja renégat toujours assis sur son fauteuil, sa lame sur ses genoux. Son etonnement fut encore plus grande en voyant les impacts inscrits dans la vitre régresser pour mieux disparaître, comme si ces balles n’avaient jamais été tiré, ni n’avaient touché sa surface transparente.

-…avant qu’il n’y ait d’autres morts, partez et laissez votre ordre de mission sur le sol.

Il n’en fallut pas plus aux deux hommes pour s’exécuter. Gato posa sur le sol gorgé de sang la missive qu’il avait prévu de donner à Zabuza en main propre. Puis, sans redemander son reste, il quitta précipitemment la pièce suivit de son dernier garde du corps.

Lorsque la porte fut claquée, Zabuza posa son regard sur les ténèbres qui l’environnaient, puis se leva. Il tendit un bras devant lui et toucha une surface solide, mais aussi transparente que du cristal. A ce simple contact, la fine paroi de glace se liquéfia presque instantanément et retomba sur le sol avec fracas.

Un bruit de pas s’éleva dans la pénombre, se rapprochant de plus en plus de lui. Puis une silhouette passa par dessus la limite lumineuse que projetait le projecteur.

Un nouveau Zabuza apparut à la lumière du projecteur, l’enveloppe contenant son ordre de mission entre les mains.

-Bonne performance Haku, lança-t-il d’une voix monocorde, maintenant, allons-y.

Un nuage de fumée enveloppa le premier des deux ninjas renégats, puis une silhouette plus petite prit sa place et pencha la tête de côté tout en affichant un sourire innocent entre ses longues mèches de cheveux.

-Très bien, Zabuza-san.

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