Les brumes du passé, chapitre 20
Chapitre 20 :
La fureur de la bataille s’était estompée, laissant les bruits de la nature reprendre le dessus. Mais en cet instant de deuil, même les rossignols les plus charmants ne se risquaient pas à délivrer les douces notes de leur chant. Quelques nuages avaient décidés de se méler de la partie en glissant leurs corps vaporeux devant l’astre royal. La pénombre avait couvert le petit archipel du pays des vagues dont l’atmosphère se rafraichit d’un seul coup. Aux abords de la plage, une ruine incandescente dont les braises grésillaient encore était le seul bâtiment -ou la seule ébauche de bâtiment- à cinq kilomètres à la ronde. Un peu plus loin, à la lisière de la forêt, un petit attroupement faisait procession devant deux tombes, deux petits monticules marqués par une lance plantée à même le sol.
Haku, Suigetsu et Zabuza avaient enterré Satsui et le ninja de Konoha au pied d’un arbre millénaire ayant survécu aux combats dévastateurs qui s’étaient déroulés sous ses yeux aveugles. Les trois ninjas de Kiri étaient debout devant les tombes de leurs adversaires morts. Il n’y avait pourtant que deux tombes, Mitsuke n’aurait de sépulture tant que Suigetsu ne dirait pas où il avait éxécuté son adversaire. Mais il avait gardé le silence sur l’emplacement de ce lieu, intentionnellement pensait Haku.
Au bout de plusieurs minutes de recueillement, Zabuza glissa sa lame dans son harnais et fit volte-face, aussitôt suivi par Suigetsu. Haku, à genoux sur le sol, resta quelques instants encore, faisant une prière silencieuse pour le repos de l’âme des trois ninjas tombés au combat.
Mais d’autres pensées venaient assaillir le recueillement de sa prière, la rendant presque impossible à formuler en son for intérieur. Quelque chose le tracassait.
Le coup qui a ôté la vie à Satsui-san était un coup d’épée, mais ce ne pouvait pas être celle de Zabuza-san : la plaie aurait été bien plus large et Satsui se serait trouvé tranchée en deux... Il n’en reste qu’un...
Haku tourna la tête sur le côté et regarda Suigetsu à quelques mètres de lui. Une rage sourde battait à ses tempes, mais Haku ne pouvait la justifier. Si ça avait été Zabuza qui avait tué Satsui, Haku n’aurait jamais envisagé de venger la mort de la jeune femme, mais pour Suigetsu…c’était autre chose…
Non…Je ne dois pas me laisser aller, même pour lui...
Haku éluda toutes les idées vengeresses qui l’assaillaient et adressa un dernier adieu silencieux à l’adresse des tombes silencieuses. Il se releva et s’inclina légerement avant de rejoindre ses deux compagnons qui l’attendaient. Des milliers de petits flocons de neige annoncèrent leur départ, Haku ne put s’empécher de penser au jour où il avait du quitter la maison familiale : il avait neigé le jour où sa mère était morte.
Bien plus loin, une ombre sur les lots sombres de la mer du pays des vagues approchait à toute allure dans un grondement lointain. Un bruit de tonnerre qui annonçait une tempête.
Le chemin de retour se fit plus long que celui de l’aller et rien qu’en les voyant c’était prévisible : il était vrai que les trois ninjas étaient revenu avec de multiples blessures et fractures, leurs corps en témoignaient. De la bande, seul Suigetsu n’affichait aucune égratinures, mais ses traits étaient las de fatigue, son propre corps lui était lourd et Haku devinait qu’il avait utilisé beaucoup de chakra.
Sans même utiliser de techniques...Il n’a pas put brûler autant d’énergie en n’exécutant aucun Ninjutsu...
Haku n’avait pas cessé de garder un œil sur Suigetsu, le mystère de ses capacités à devenir liquide et le spectacle de la pendaison avaient convaincu Haku de rester sur ses gardes, mais le meurtre de Satsui était la goutte qui faisait déborder le vase. Haku gardait sous scellé la colère et la souffrance qui lui blessaient l’âme, grâce à sa tante, il avait finalement appris à cacher les émotions de son visage, mais les fanfaronnades de Suigetsu allaient briser ce masque de neutralité.
-Pfiou…et dire qu’on a failli y passer, soupira Suigetsu bruyamment, si vous n’aviez pas été présent Zabuza-san, ces ninjas auraient continué leurs méfaits.
Zabuza n’avait rien répondu, mais une ironie amère coula dans sa gorge.
Si ce qu’ils faisaient étaient des méfaits, que faisons-nous alors ?
-Et si cette femme n’était pas apparue, vous auriez fini leur chef beaucoup plus vite, persiffla Suigetsu, moi au moins, mon adversaire n’est pas venu nous ennuyer.
Le regard amusé de Suigetsu se figea sur Haku.
-Moi au moins je termine le travail que l’on m’a confié, termina Suigetsu triomphalement.
Le visage de Haku ne laissa transparaître aucune émotion, cette provocation ne l’avait pas touché, pas suffisament.
-Quelle garce celle là avec sa glace...
Suigetsu ne put finir sa phrase qu’un poing vint s’écraser sur sa mâchoire, le propulsant au sol. Le sang qui coula de la bouche de Suigetsu avait teinté de rouge le poing de Haku. La rage accumulée en Haku apparut sur son visage en une seule seconde, son poing avait volé jusqu’à sa victime sans même qu’il l’eut prémédité, comme un réflexe.
Zabuza s’était retourné pour séparer les deux garçons. Il garda à distance Haku qui n’avait pas bougé d’un centimètre, son regard posé sur Suigetsu qui exultait de rage devant ce manque de respect. Le garçon aux allures de requin allait se relever pour rendre la monnaie de sa pièce à son rival, mais Zabuza le maîtrisa sans ménagement.
-Bon sang, vous allez cesser tout les deux !! ragea Zabuza.
Un silence pesant venait de tomber sur le petit groupe, tous s’étaient figé. Zabuza s’était tourné vers Haku.
-Contrôle-toi, je ne veux aucun grabuge, même entre mes deux disciples.
Suigetsu affichait un sourire triomphal, mais Zabuza avait tourné sa face vers lui, le sourire de Suigetsu fondit comme neige au soleil.
-Qu’en à toi cesse de le provoquer, conseilla Zabuza d’un ton agressif, et arrête de profaner la mort d’adversaires honorables !
Cette dernière phrase sembla faire son petit effet sur chacun des deux garçons, Suigetsu en particulier : il se jura intérieurement de ne jamais plus insulter qui que ce soit...devant Zabuza bien sûr...
Haku sentait en Zabuza un soutient, lui aussi était furieux du comportement de Suigetsu, mais il se sentait aussi honteux. Lui qui était si calme, si posé d’habitude, il avait littéralement explosé et sa ne lui ressemblait pas…il avait changé et cela l’effrayait.
A quelques kilomètres, deux silhouettes sombres - en robes noires et portant des chapeaux bordés de longues bandes de tissu cachant leur visage dans la pénombre - marchaient d’un pas assuré et lent. Ce cortège n’aurait rien eut de spectaculaire si ces deux voyageurs n’étaient pas debout au milieu de la mer et plus important et étrange surtout : ils surfaient littéralement sur une vague de deux mètres de haut. Cette même vague menait ses deux monteurs vers un archipel du pays des vagues
-Quand arriverons-nous ? demanda le plus petit des deux hommes tout habillés de noir.
-D’après ce qu’il m’a dit, sa planque n’est plus très loin, fit le second voyageur dont un sourire carnassier venait d’apparaître sur ses lèvres.
»Oui, prépare toi à nous accueillir Zabuza...j’ai hâte de te revoir...
L’homme se découvrit et scruta le panorama de ses yeux vifs. Il avait la peau étrangement bleu et deux rangées de branchies scarifiaient son visage de chaque côté, lui donnant l’aspect d’un requin. Dans son dos, une lourde épée enroulée dans des bandages saillait entre ses omoplates. L’homme arborait le bandeau de Kiri barré d’une fente, le signe des déserteurs. Kisame Hoshigaki fondait sur le pays des vagues avec son compagnon de l’Akatsuki.