Les brumes du passé, chapitre 33
Chapitre 33 :
A peine l’invocation glissa de ses lèvres qu’une onde glaciale courut sur le sol autour d’Haku. A peine ce fantôme éthéré caressait le moindre liquide que celui-ci se gelait. Mais alors, quel spectacle sous cette pluie battante : tout autour d’Haku, le sol était gelé sur plusieurs mètres, mais pour ne pas se limiter au simple sol, ce nova de givre avait figé en plein vol les gouttes de pluie qui se transformaient en fins stalagmites de glace ou en larmes cristallisées, ces derniers s’écrasant sur le sol gelé avec la douce note aigüe d’un triangle et pour combler ce spectacle, une voute de givre s’élevait au-dessus des têtes.
Dans cette nuit drapée de noir, le terrain vague était une tache lumineuse semblable à un phare au milieu des ténèbres. Mais ce déploiement de force était tout simplement surprenant, comment un simple enfant pouvait faire appel à tant de chakra pour se forger une cloche de glace dans de pareilles proportions ? Cette question était celle que se posait Suigetsu immobilisé, la moitié de son corps étant emprisonnée dans la glace de ce dome.
Le jeune homme aux allures de requin regardait autour de lui les longs et fins filaments gelés de la pluie, semblable aux barreaux d’une prison de verre. De sa position, il voyait distinctement Haku qui depuis l’éxécution de sa technique n’avait pas frémi d’un cil. Le jeune homme espérait que son rival ne l’ait pas encore repéré, car vu le carcan qui l’empéchait de se mouvoir et surtout le fait qu’il n’avait plus d’eau à proximité, il risquait d’y laisser sa peau. Mais il avait à peine pensé à cela qu’un grondement sourd s’éleva dans la caverne de cristal, une véritable onde de choc en fit trembler les bases, provoquant un souffle puissant qui détruisit sur le coup le rideau de gouttes cristallisées autour des deux garçons. Le fracas de la chûte fut comme "le bruit d’un palais de cristal crevé par la foudre".
Suigetsu fixa son regard sur Haku, il était certain que ce souffle soudain avait été provoqué par le jeune garçon, mais ses pensées se figèrent lorsqu’Haku tourna son regard vers lui. L’instant d’une seconde et le protégé de Zabuza s’élança vers Suigetsu, ses mains composaient les incantations à une future technique.
Il ne se trouvait qu’à cinq mètres de Suigetsu, que celui souleva de sa seule main libre le lourd fendoir de Zabuza et le plaça entre lui et Haku. Poussé dans son élan, le jeune garçon allait irrémédiablement s’empaler sur la lame et Suigetsu en savourait déjà le spectacle. Mais Haku avait prévu un coup d’avance.
-Hyouton ! Makyo Hyosho !! (les démoniques miroirs de glace).
Un courant d’air glacé parcourut la nuque de Suigetsu et un miroir de glace s’imposa juste au bout du lourd fendoir qu’il portait, se plaçant juste entre lui et Haku. Ce-dernier pénétra immédiatement à travers la surface lisse du panneau de glace, son reflet n’apparut qu’une seule seconde aux yeux de Suigetsu pour ensuite disparaître. Une ombre quitta le miroir et glissa à une vitesse hallucinante le long du fendoir. Suigetsu n’eut pas le reflexe d’esquiver le poing supersonique d’Haku. Sa tête explosa littéralement, suivant son corps qui se liquéfia aussitôt et laissa le fendoir retomber lourdement. Haku se réceptionna sur le sol, les membres tremblants et couvert de sueur.
J’ai utilisé beaucoup trop de chakra…
Un bruit résonna sur les parois de la caverne, Haku se retourna et baissa les yeux sur la flaque d’eau qu’était Suigetsu. Celle-ci se mouvait lentement, glissant sur le sol gelé comme un serpent.
-Cette fois-ci…je dois avouer que tu as été le plus fort…fit la voix de Suigetsu persiflante, je n’ai pas assez de chakra pour prendre une forme convenable et te botter le c-- ! Mais sâche que lorsque j’aurais acquis le pouvoir de maître Orochimaru, je reviendrai réclamer ce qui me revient, et ni toi, ni Zabuza-sempai ne m’empêcherez d’accomplir ma volonté…
Haku voulut lever un doigt pour geler cette voix tant détesté, mais à peine fit-il appel à son chakra que le bruit caractéristique d’une craquelure zébra l’air et la voute au-dessus de sa tête. Il leva les yeux et vit la voute de glace se fendre et se briser. De lourds icebergs tombèrent du ciel, venant s’écraser sur le sol dans un bruit mat. Haku ne dû sa survie qu’à ses réflexes, il avait usé ses dernières forces à esquiver ces morceaux de plafond jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de plafond du tout. La pluie se remit à battre autour d’Haku, le trempant de plus belle. Mais cette pluie était aussi la meilleure occasion donnée à Suigetsu de s’enfuir, ce qu’il fit.
Haku se retrouva seul au milieu de ce terrain vague, à côté de lui reposait sur le sol la lourde épée de Zabuza. C’était la fatigue qui pesait le plus sur ses épaules, après de rudes efforts physiques, il avait épuisé la quasi totalité de son chakra et ne tenait debout que de par sa seule volonté. Mais même sa volonté avait ses limites : il tomba à genoux et s’écroula de tout son long. Haku se demanda s’il allait mourir gelé sous cette pluie, que penseraient ceux qui le retrouveraient demain matin, mort dans la boue ? Jamais Haku n’aurait penser mourir ainsi et il se mettait presque à envier l’image de sa mort qui était ressorti du miroir. Mais il n’avait plus la force ni la volonté de se lever, il était vidé de tout.
Enfin, Haku ferma les yeux et s’endormit d’un sommeil à demi-conscient.
Mais alors que le froid s’insinuait dans ses veines, il ressentit une sensation, comme si on le soulevait du sol et qu’on le portait. Ce sentiment de légereté lui rappelait sa demi-mort au bout du bras de Suigetsu. Mais Haku osa lever une paupière. Il fesait toujours nuit, la pluie battait autour de lui, mais au dessus de lui se tenait le visage de Zabuza. Il crut à un rêve et se roula aussitôt dans les replis du sommeil.