Les brumes du passé, chapitre 32

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Chapitre 32 :

           La rage. La folie. Ces deux sentiments semblaient être les seuls qui animaient Haku. Lui, si calme d’habitude, mettait toute sa hargne au combat, coups de poing, coup de pied, tout s’enchaînait à une vitesse folle sans que Suigetsu ne puisse répliquer. Tout ce que pouvait faire le voleur, c’était encaisser les coups. Pas un instant… Haku ne lui laissait pas un instant pour souffler, ses enchaînements d’attaques au corps à corps étaient si rapides, si précis et si douloureux que Suigetsu n’avait pas le temps de dégainer son sabre à sa ceinture. En cet instant, le jeune homme ne reconnaissait pas Haku, il ne lui reconnaissait pas cette force bestiale qui tout à coup déferlait contre lui.

           Mais la douleur mise à part, le corps aqueux de Suigetsu s’éffilochait à vue d’œil, son visage n’était plus qu’un entrecroisement de cratères translucides aux reflets vert-bleuté. Chaque coup d’Haku était ponctué d’un « flic, floc », le bruit caractéristique d’une flaque d’eau que l’on foule du pied. Mais Haku avait vraiment l’impression de frapper la surface d’un cours d’eau, il ne rencontrait presque aucune résistance et il lui arrivait même de transpercer le corps de Suigetsu sans que celui-ci ne semble agoniser. Alors, des goutelettes brillantes comme des diamants venaient s’écraser sur le sol.

           Mais le but d’Haku n’était pas de tuer Suigetsu, il s’en rappelait enfin. Il se décida à calmer le jeu en frappant Suigetsu en pleine poitrine du plat de sa main. Son seul coup fit valser le jeune homme à travers la pièce. Il percuta un des murs de l’armurie avec fracas, faisant tomber les quelques objets qui y pendait.

           J’espère l’avoir suffisamment épuisé…

           En reprenant son souffle, Haku constata l’état lamentable de Suigetsu qui baignait dans une vaste flaque d’eau. Le corps de ce dernier avait perdu de ses formes, son torse était un relief montagneux à lui seul et son bras droit avait été littéralement déchiqueté, il ne restait qu’un moignon translucide. Bien que cela paraissait impressionnant, Suigetsu était toujours conscient et Haku voyait sous la lumière de la lune, l’eau qui courait le long du sol pour rejoindre son adversaire.

           La capacité régénératrice de Suigetsu se mettait en route. L’eau qui l’entourait pénétra sous son épiderme, guérissant ses plaies et blessures à vue d’œil. Même son bras perdu repoussa dans l’instant. Sous les yeux d’Haku, il lui fallu trente longues secondes pour se refaire un corps neuf. Suigetsu s’appuya contre le mur pour se relever maladroitement. Même si son corps ne portait plus aucune trace de combat, il semblait tout de même épuisé.

           J’avais peur de ne pas l’avoir vraiment bléssé…mais apparemment, sa capacité à devenir liquide ne lui permait pas d’essuyer des coups trop longtemps…

           Avec lenteur, Haku s’approcha de son rival. Ce-dernier fut aux aguets, se préparant à recevoir le prochain coup que lui donnerait Haku. Mais le jeune garçon ne semblait pas vouloir continuer le combat. Le calme qu’il arborait en cet instant contrastait avec sa furie passée.

           -Pourquoi fais-tu ça ? demanda Haku sans passer par quatre chemins.

           Suigetsu haussa un sourcil comme s’il ignorait ce à quoi Haku voulait faire allusion. Mais son regard ne faisait que confirmer le contraire.

           -Je suis venu réclamer mon dû avant de partir…

           Il adressa un signe de tête en direction du lourd fendoir de Zabuza sur le sol.

           -Tu veux quitter Zabuza-san ? Pour partir où ? Tu n’as nul part où aller…

           -Détrompe toi…maintenant écarte toi, je n’ai pas de temps à perdre, maître Orochimaru m’attend…

           Suigetsu avait fait un pas en direction de la lourde lame de Kiri, mais Haku s’était dréssé sur son chemin, lui barrant le passage.

           -Tu veux donc rejoindre cet homme…je comprend mieux où tu étais ces deux derniers jours. Qu’est-ce qui t’a pris…

           -Tu te souviens ? Coupa Suigetsu, tu te souviens lorsque nous avons dû nous infiltrer dans la planque ? A peine étais-je entré par la cave qu’Orochimaru-sama m’avait déjà repéré… Il m’a vaincu avec une telle facilité… cette force qui l’anime…je souhaitais posséder la même…

           Suigetsu laissa traîner un court silence, suffisant pour reprendre son souffle.

           -Je l’ai alors suivi après qu’il ait quitter la demeure, il a immédiatement reconnu mon potentiel et il m’a promis de m’offrir un pouvoir plus grand encore si je rapportais la lame de Zabuza…

           Un haut-le-cœur étreignit la poitrine d’Haku.

           -Et tu l’as cru…soupira t’il presque dégouté.

           En réponse, Suigetsu posa un regard presque dément sur Haku. Le sourire supérieur qui s’étirait sur ses lèvres en devenait grotesque. Mais à cette seule expression, Haku fut convaincu qu’il n’arriverait jamais à raisonner Suigetsu. Il croisa son regard en signe de défi.

           -Je ne te laisserai pas partir avec le bien de Zabuza-san…Il te faudra me passer sur le corps.

           -Je n’en réclamais pas autant, ironisa Suigetsu, mais maintenant, nous allons jouer sur mon terrain…

           Avec une célérité impressionnante, Suigetsu avait ramassé à ses pieds deux kunais qui étaient tombé de leur présentoirs accrochés au mur et les avait lançé en direction de la baie vitrée. La vitre se brisa et un ouragan pénétra dans la pièce violemment, projetant les éclats de verre à travers la pièce. Le vent et la pluie qui battaient dehors s’infiltrèrent dans la pièce. Haku dressa ses deux bras devant son visage pour se protéger de la tempète soudaine. Suigetsu en profita pour se jeter sur l’épée de Zabuza et quitter la pièce par cette nouvelle sortie. Haku se lança à la poursuite du voleur et sauta au dehors. Il attérit sur le terrain d’entrainement, noyé sous une pluie diluvienne. La lune était voilée par intermittence, ce qui plongeait le lieu dans une nuit où l’ombre et la lumière assuraient la relève à tour de rôle.

           Si la nuit voilait les alentours, le rideau de pluie n’arrangeait rien à la visibilité. Les multiples gouttes d’eau roulaient sur le visage d’Haku dont les mèches folles se collaient sur son front. Même ses habits furent gorgés d’eau, à tel point qu’ils pesaient sur ses maigres épaules. Comble du comble, le sol ,habituellement ferme, était devenu un marécage où les pieds s’enlisaient facilement.

           Ce terrain risque de ralentir mes mouvements…et toute cette pluie entrave ma perception, je risque de ne pas l’entendre approcher et le voir sera tout aussi dur…

           Haku avait beau regarder autour de lui, il ne voyait pas Suigetsu aux alentours. L’hypothèse qu’il soit tout simplement parti sans demander son reste était plausible, mis à part le fait qu’Haku « sentait » la présence de son rival. Il était là, tout autour de lui

           -Je croyais que tu voulais en finir, cria Haku en essayant de couvrir le chant tempétueux de la pluie, et pourtant tu te cache…Montre toi !

           Il ne put continuer plus longtemps que trois kunais surgirent du néant pour mordre la chair du jeune garçon. Il retint un cri de douleur et posa un genou à terre, pressant de ses mains ses cotes ensanglantées. Avec le plus de soin, Haku retira l’acier qui lui brulait le flanc… la douleur n’en fut que plus intense pendant cette unique seconde, puis elle se calma progressivement.

           Tsss…il a décidé de me tuer à petit feu…et je n’ai aucun moyen de le localiser précisément…

           Haku pensa même que Suigetsu s’était mêlé à l’eau qui tombait du ciel, c’était peut être pour cela qu’il ressentait sa présence partout à la fois. Suigetsu était décidement bien avantagé sur son terrain.

           Le jeune garçon s’était relevé lentement ; les yeux clos, calmant sa respiration, il cherchait à se soustraire des nuisances sonores de ce lieu pour mieux se concentrer et trouver une solution. Mais Suigetsu était d’un tout autre avis.

           -Finissons en immédiatement ! fit la voix de Suigetsu, résonnant comme un écho autour d’Haku. Suiton !

           Aussitôt, parmi la pluie qui tombait abondement sur le terrain, des larmes restèrent suspendues dans les airs, s’accumulant et devenant de longues aiguilles acqueuses en suspens qui scintillaient parmi les gouttes.

           -Meurs !! Hurla Suigetsu.

           Les vingt échardes d’eau se ruèrent d’un seul bond dans la direction d’Haku, toujours immobile. Le jeune homme avait levé les mains devant son visage, les joignant en un signe.

           -Hyouton.

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