Les brumes du passé, chapitre 34.
Chapitre 34 :
Du noir, du noir aussi loin que portait le regard, cette étendue de jais aussi reposante qu’effrayante entourait Haku comme une mer insondable. Le jeune garçon se demandait où il pouvait se trouver, était-il mort ? Non, la dernière fois, ce n’était qu’un monde de lumière. De plus, la chaleur qui envahissait son corps était étouffante, mais contraste de cette brûlure intérieure, une douce fraîcheur se faisait sentir sur son front.
Les membres du jeune ninja étaient lourd, mais il arrivait à les faire bouger. Il ne pouvait que se fier à ses sens dans ce monde de ténèbres. Des odeurs familières l’entouraient, son ouïe lui rapportait un bruit régulier, il reconnut la pluie qui battait contre une fenêtre. Sa peau sentait le doux contact d’étoffes, Haku s’imagina sous ses couvertures, bien au chaud. Mais il avait beau ouvrir les yeux, il ne voyait rien…
Il faut que je me lève…
Mais faire suivre l’action à la pensée fut difficile, ses gestes étaient lents et manquaient de force. Il eut beau tenter de se redresser sur le matelas, il lui fallu trois bonnes minutes pour trouver une position assise. Mais il ne voyait toujours rien…ah si, quelques contours qui se dessinaient autour de lui parmi les ténèbres…Haku devinait le lourd rideau qui voilait sa fenêtre, une chaise où pendaient ses vêtements de la veille, même à cette distance, Haku détecta l’odeur d’alcool qui s’en dégageait. Une tâche blanche se baladait sur le plancher en faisant le bruit d’une souris, le shinobi reconnut son compagnon aux longues oreilles. Son regard se porta sur la porte de sa chambre.
Il faut que je sorte…
Haku glissa ses jambes hors du lit et tenta de se lever. Le buste en avant, il donna une impulsion à ses bras et réussi à se tenir sur ses deux jambes. Mais il dû quand même se tenir au mur pour que ses jambes ne flanchent pas. Mais il sentit qu’un poids quittait son front, s’ensuivit un bruit sourd et mat. Haku sentit quelque chose d’humide lui recouvrir le pied, il baissa les yeux et discerna comme un linge. Il s’accroupit prudemment et ramassa l’étoffe en tissu, l’objet était trempé d’eau. Haku se posa la main sur le front et dirigea son regard sur la petite table de nuit vers la tête de son lit, il y découvrit une petite bassine remplit d’eau.
Alors comme ça, quelqu’un s’était occupé de lui cette nuit pour faire baisser sa fièvre. C’est alors qu’Haku se rappela la nuit qu’il avait passé, la tentative de vol, son affrontement avec Suigetsu, les révélations sur sa quête de pouvoir, Orochimaru, sa fuite,…
Mais comment ce faisait-il qu’il soit là ? Quelqu’un l’avait-il ramené ici ? Haku se souvint de ce bref instant où il avait cru voir Zabuza… Mais si c’était lui, qu’avait-il pensé en voyant Haku effondré au milieu du terrain vague avec le fendoir de Zabuza à ses côtés ? Pensait-il que c’était lui le voleur ? Haku s’imaginait bien que Suigetsu ait tout simplement regagné sa propre chambre après qu’Haku se soit évanoui, il avait peut être réveillé tout le monde pour lui faire porter le chapeau à sa place…Et ce silence dans la maison, est-ce que tout le monde l’attendait en bas, se préparant à rendre leur sentence ?
Tout à coup, Haku ne se sentait plus l’envie de descendre. S’il passait cette porte, il avait l’impression que ça signerait son départ définitif de cette maison.
Mais un bruit de pas dans les escaliers se firent entendre, un…non deux hommes grimpaient l’étage. Est-ce qu’ils étaient venu pour sortir Haku de son lit ? Non, il avait bifurqué bien avant la porte de la chambre d’Haku. On aurait dit qu’ils marchaient sur du verre, Haku jura qu’ils devaient se trouver dans la salle d’armes en train de ramasser les débris de verre.
C’est alors qu’Haku se décida à tourner la poignée de sa porte et de l’ouvrir. Il passa l’entrebaillement et entra dans le couloir. Il marcha d’un pas mal assuré tout en s’aidant du mur pour tenir debout. Il passa devant la porte de Zabuza, puis s’approcha de la salle d’armes. En effet, deux hommes maniaient du balai et de la serpillère pour ramasser le verre brisé et éponger l’eau qui avait infiltré la pièce. Les deux serviteurs lui adressèrent un simple regard avant de continuer leur besogne comme si de rien n’était.
Haku ne s’accorda pas plus de temps à rester devant cette porte et continua son chemin vers les escaliers. Il descendit les marches une par une jusqu’à l’étage du dessous, il ne rencontra personne. Comme si tout le monde avait déserté la planque à part les deux serviteurs du haut en train de travailler. Mais à peine entra-t-il dans la grande salle qu’il aperçut Zabuza assis à la table en train de boire un thé. Il leva un œil vers le jeune garçon sans même dire un mot. Que fut l’émotion d’Haku. Il sentait son cœur battre dans sa poitrine comme jamais auparavant, Haku avait dix fois plus peur d’affronter le regard du shinobi que la mort elle-même. Et surtout que pensait Zabuza en ce moment là ? Haku aurait tout donné pour que ces dernières heures ne ce soient jamais déroulées.
Zabuza leva une main et incita Haku à s ‘asseoir à la table. Le jeune garçon respectait trop Zabuza pour ne pas lui obéir, même en ce moment. Lorsqu’Haku s’assit sur la chaise que lui présentait Zabuza, s’insinua alors un silence pesant. Haku ne savait pas quoi dire et il n’osait regarder Zabuza droit dans les yeux. Le shinobi de Kiri, quand à lui, continuait de boire son thé en toute quiétude. Ce ne fut que lorsqu’il en avala les dernières gouttes que Zabuza porta son attention sur Haku.
-Il va falloir que tu m’expliques tout ce qui s’est passé cette nuit…
Haku sursauta sur sa chaise, ses yeux baissés sur ses mains qui se contorsionnaient dans des poses douloureuses. Ses pensées se bousculaient dans sa tête, comment pouvait-il s’expliquer ? Comment pouvait-il assurer sa défense ?
-Et…Suigetsu, qu’a-t-il…
-Suigetsu n’est pas rentré, coupa Zabuza, il est parti définitivement…
Haku se figea, muet de surprise.
-J’ai assisté à votre combat, continua Zabuza, je sais que Suigetsu a cherché à voler mon épée et que tu as tout fait pour l’en empêcher.
Haku en devint encore plus perplexe.
-Mais pourquoi n’avez vous rien fait pour l’en empêcher vous-même ? demanda Haku d’une voix éteinte.
-C’est que j’étais toujours dans le cirage quand il a essayé de la voler…ce sont les bruits de votre combat qui m’ont arraché de mon sommeil.
Mais alors pourquoi n’est-il pas intervenu ?
Zabuza sembla décrypter les pensées d’Haku juste par l’expression de son visage.
-Mais j’avais beau être réveillé, la gueule de bois n’a pas raté…dans mon état j’étais incapable d’offrir la moindre résistance, alors imagine que je sois intervenu en plein milieu du combat…J’aurais été plus un poids qu’autre chose, concéda Zabuza avec un sourire, c’est pourquoi je n’ai été que spectateur.
Haku sembla se murer dans le silence, ses poings étaient fixés à ses genoux, les bras tendus à l’extrême. Son visage était assombri par une lueur de tristesse.
-Vous saviez que Suigetsu allait…
-Me trahir ? demanda Zabuza en terminant la phrase de son élève, j’ai toujours lu dans son regard ce désir, je savais qu’un jour ou l’autre il voudrait s’emparer de cette lame, mais je n’aurais pas imaginer que ce serait si tôt.
Zabuza marqua une pause.
-J’aurais dû m’en douter en le voyant fréquenter cet Orochimaru... mais j’en ai eu la certitude lorsqu’il a avoué l’avoir rejoint de son plein grés…
Trente nouvelles secondes de silence restèrent en suspens sans que l’un ou l’autre ne décide de parler. Zabuza se leva de sa chaise et contourna la table, passant derrière Haku. Ce-dernier avait gardé la tête baissé, les poings crispés sur ses genoux et un léger tremblement parcourait son corps.
-En tout cas, je te suis reconnaissant d’avoir récupéré ma lame…
Le shinobi de Kiri posa sa main sur l’épaule d’Haku.
-Je suis fier de toi.
Ces quelques mots dit, Zabuza s’eclipsa, laissant des larmes de joie couler sur le visage d’Haku sans restriction. Il ressentait en lui un sentiment compliqué où se mêlaient la joie et la fierté d’avoir pu servir Zabuza, mais plus que tout, il savait maintenant qu’il était nécessaire à Zabuza.
Il sécha les torrents qui n’arrêtaient pas de quitter ses yeux lorsqu’il entendit les pas de Zabuza revenir. Ce-dernier feint de ne rien voir et laissa tomber sur les épaules de son jeune disciple un kimono vert-bouteille. Il posa devant Haku une tasse de thé et s’en alla de nouveau tout aussi furtivement. Le jeune garçon entendit le bruit des pas de Zabuza se perdre dans le silence. Il posa son regard sur la tasse de thé, puis sur la tenue que Zabuza lui avait offert. A ses yeux elle était magnifique, c’était peut être le second plus beau cadeau que Zabuza lui avait offert. Le premier avait été de lui donner une raison de vivre.
L’expression de bonheur qu’il sentait au fond de lui ne pouvait être terni par aucune mauvaise nouvelle. Même les images de sa propre mort ne l’effrayèrent plus. Il se rappelait même du sourire qu’avait exprimé son reflet dans le miroir malgrès la blessure qui lui saillait à la poitrine. Mais cela ne l’inquiétait plus, les événements de ces dernières heures avaient contredit tous ce qu’avait pu prédire le miroir : Zabuza n’avait pas rejoint l’Akatsuki et Suigetsu n’avait pas pu s’emparer du fendoir. Pour Haku, c’était la preuve que le miroir avait eut faux sur toute la ligne. Il se promit de ne plus jamais avoir recourt à cette technique à l’avenir car elle n’apportait que plus de complications et de doutes.
Peu importait maintenant, il devait bien mourir un jour, mais ce jour là, et il en était sûr, il partirait heureux car il aurait servi Zabuza de son mieux.
Haku prit la tasse entre ses doigts et fit reculer sa chaise contre le mur, il rapprocha ses genoux sous son menton et posa ses pieds sur le bord de sa chaise. Cette journée allait s’annoncer belle, comme toutes les autres qui allaient défiler dans sa vie.
