Les brumes du passé, chapitre 30.
Chapitre 30 :
Zabuza se releva lentement, plongeant son regard dans les yeux de tous ceux qui avaient assisté à son combat. Il eut peur d’y lire des regards accablants, mais il fut surpris de ne voir que de la tristesse. Ils redoutaient tous le départ de Zabuza et ce-dernier le remarquait enfin à sa juste valeur.
Kisame lui donna une claque entre les omoplates, ricanant de plaisir.
-J’ai gagné ! J’espère que tu as préparé tes affaires, nous partons tout de suite.
Le ninja déserteur se dirigea vers son coéquipier et ramassa sa tenue de l’Akatsuki qui traînait sur le sol. Il épousseta la poussière et l’enfila, refermant la pression de son haut-col. Il se tourna vers Zabuza qui n’avait pas bougé d’un pouce.
-Alors, tu te dépêche, on doit être arrivé au Q.G avant la nuit.
Zabuza regarda Kisame droit dans les yeux.
-Je ne pars pas…
L’épéiste aux allures de requin se redressa par réflexe et toisa Zabuza, les muscles de son visage étaient bandés dans une moue incompréhensible. Il fit quelques pas vers Zabuza et lui tâta les côtes du bout du manche de sa lame.
-Qu’est-ce que sa signifie ? Demanda Kisame à fleur de peau, avant de commencer le combat, tu avais dit que si je te battais, tu nous rejoindrais… tu manques à ta parole.
-Je ne t’ai jamais promis quoi que ce soit, j’ai dit « peut être »…
Kisame se raidit encore plus, il était difficile d’imaginer qu’on puisse avoir l’air si tendu, même Zabuza cru que son ancien compagnon d’arme allait exploser.
-Pourquoi perdre ton temps avec ces bouseux ?! Tu pourrais obtenir tous ce que tu veux en nous rejoignant, puissance, pouvoir, argent… Pourquoi changer d’avis si soudainement ?!
-Ne t’y trompe pas, j’avais déjà fait mon choix depuis le début…
Un silence plana sur les deux ninjas, même Kisame ne trouva pas quoi répliquer.
-…je voulais juste voir pour quoi tu m’avais abandonné lors de ma tentative de coup d’état… et je vois que tu n’y as rien gagné à rejoindre ces personnes…
Il désigna Orochimaru de la tête, l’ancien ninja de Konoha discutait avec Suigetsu. Kisame ferma les yeux un instant, bouillant de rage.
-Toi et ton maudit village ! Un jour tes ambitions démesurées te perdront, j’ai bien fait de le quitter si tôt.
Kisame avait fait glisser son index sur la cicatrice qui courrait sur son bandeau avec fierté. Il posa ce même doigt sur le bandeau de Zabuza et donna une pichenette qui tinta d’un chant métallique.
-Tu n’es qu’un gamin Zabuza, égoïste et rêveur…Jamais un déserteur ne deviendra Kage…
Zabuza poussa un soupir entre ses dents et croisa le regard de Kisame.
-Je ne me considère pas comme un déserteur. Toi oui, tu as choisi de porter la « marque des déserteurs », mais moi, je me refuse à la porter car je ne suis déserteur qu’envers un seul homme. Jamais je ne renoncerai à mon pays…
-Quelle éloquence ! Railla Zabuza, tu n’es qu’un pitoyable déserteur comme tous les autres qui parcourent ce monde.
Zabuza se tut devant l’esprit borné de Kisame.
Suigetsu et lui se ressemblent beaucoup…si arrogants…et si simplistes…
Zabuza se détourna de son ancien ami et ramassa sa lame. Il quitta le terrain sous les applaudissements de ses subordonnés, même Haku du haut de son balcon avait sauté de joie, accompagnant les cris joyeux qui s’élevaient du terrain. Kisame resta sur le terrain vague, regardant Zabuza s’éloigner de lui et pénétrer dans la foule de ses partisans.
-Tu n’es qu’un gamin Zabuza… murmura Kisame.
Il fit volte-face et rejoignit Orochimaru qui menait une conversation avec Suigetsu. Les deux comparses se turent lorsque Kisame approcha. Suigetsu les quitta sans un mot, mais Orochimaru lui adressa un regard accordé auquel le jeune garçon répondit d’un hochement de tête. Comme si de rien n’était, Suigetsu rejoignit la foule en liesse qui acclamait Zabuza.
Kisame adressa un dernier regard derrière lui et se tourna vers Orochimaru.
-De quoi parliez-vous ?
Orochimaru se contenta de le regarder avec un sourire suffisant, ce que Kisame ne supportait décidément pas.
-Tu m’exaspère…siffla Kisame, dès qu’on rentre, je demande à ce que tu accompagnes Sasori-kun.
Ces paroles prononcées, les deux ninjas de l’Akatsuki disparurent dans les bois pour ne jamais revenir.
Le soir même, une grande fête fut organisée pour célébrer le non-départ de Zabuza, vivres à foison. Les festivités battaient leur plein, joie et bonne humeur étaient de mise, ainsi que le sake. L’alcool coulait à flot, tous buvaient à devenir saoul comme des barriques, excepté Haku et Suigetsu qui s’étaient refusés à boire dû leur jeune âge. Mais Suigetsu était toujours aux côtés de Zabuza, une bouteille en main, pour le resservir en alcool dès que son verre était vide.
-Un toast pour Zabuza-sama ! Criait-on.
-Cul-sec !
-A la vôtre !
Et ces paroles étaient répétées encore et encore, les verres se remplissaient et se vidaient jusqu’à tard dans la soirée. Tous profitaient de ces nombreux toasts pour vider les caves de la planque, il était si rare de passer de tels moments qu’il fallait en profiter, voir en abuser ; ils devaient en être au vingtième verre que les premiers ninjas qui tenaient mal l’alcool se mirent à rouler sous la table. Même Zabuza avait failli tomber dans les vappes, mais contre toutes attentes il tenait férocement contre les vapeurs d’alcool. Haku eut même l’intuition que Suigetsu s’amusait à repousser les limites de Zabuza en le réservant continuellement.
Il devait être dans les deux premières heures du matin lorsqu’Haku et Suigetsu reconduirent les plus ivres dans leur chambre respective. Tous tombaient comme des masses sur leur lit et ronflaient, emplissant les couloirs d’un râle bruyant.
Lorsque tout le monde fut reconduit, Haku et Suigetsu aidèrent Zabuza à grimper les marches et surtout à trouver son propre lit. Sans un mot, il s’affala sur son matelas et s’endormit. Les deux jeunes garçons quittèrent la chambre de leur sempai sans un bruit. La porte aussitôt fermée, Suigetsu descendit les escaliers pour rejoindre sa chambre, sans même un mot ou un regard pour Haku. Ce-dernier n’eut que quelques mètres à faire pour pénétrer dans sa propre chambre. Il retira ses vêtements qui reniflaient l’alcool et se changea pour une tenue moins odorante. Haku passa sous les couvertures et s’endormit en quelques minutes.
Un grincement. La longue plainte du bois qui ploie sous une masse, puis le déclic d’une serrure que l’on tourne et le glissement du battant de la porte sur le plancher. Cette seule série de bruit avait suffit à Haku pour le tirer de son sommeil. Même la pluie qui battait dehors n’avait pas suffit à le réveiller.
Le jeune homme avait d’abord tendu l’oreille, puis tourné les yeux vers sa porte.
Le bruit vient du couloir…
Haku regarda au pied de sa porte.
Aucune lumière… mais…
Haku repoussa ses couvertures et fit glisser ses jambes par-dessus le rebord de son lit. Il glissa ses pieds dans ses sandales et récupéra un kimono qui reposait sur sa chaise. Il s’emmitoufla dans l’étoffe et se dirigea vers la porte de sa chambre. Il la déverrouilla et l’ouvrit. Il passa la tête dans le couloir, mais ne vit que les ténèbres. Il n’y avait que la faible lueur de la lune qui remontait de l’escalier, mais cette seule source de lumière était bien insuffisante pour éclairer le couloir. Mais ce fut grâce aux ténèbres qu’il remarqua quelque chose d’étrange : un rai bleuté parcourait le mur plus haut dans le couloir. Ce rai sortait de la pièce du fond, la salle d’arme.
Je croyais que la porte était fermée…
Haku en était quasiment sûr, le fait que cette porte soit ouverte était étrange et Haku voulait s’assurer que tout se passait bien. Avec la grâce d’un chat, il se dirigea vers la porte entrouverte sans faire craquer le plancher. Il se trouvait désormais devant la porte. Une ombre avait voilé la lueur de la lune de l’autre côté de la porte. Haku s’était figé.
Il y a quelqu’un à l’intérieur!
Haku avait porté sa main vers l’une de ses manches, mais il ne trouva pas ses sembons, il les avait laissé dans son autre tenue et il n’avait pas le temps d’aller les chercher.
Flûte, il va falloir que j’y aille sans…
Haku posa la main sur la poignée de la porte et respira une grande bouffée d’air pour se donner du courage. Il ouvrit brutalement la porte, surprenant une forme sombre qui réajustait un lourd paquet sur ses épaules. Le personnage cagoulé fixait Haku de ses yeux exorbités. Il était apparemment surpris de voir Haku débouler dans la pièce. Mais la surprise était réciproque, car Haku avait identifié le fardeau de cet intrus : c’était le fendoir de Zabuza.
Haku allait hurler pour prévenir la maisonnée de la présence de cet intrus, mais l’homme fut aussi vif que l’éclair et avait bâillonné Haku de sa seule main, le plaquant contre l’un des murs de la salle d’arme.
L’inconnu l’avait même soulevé de quelques centimètres au-dessus du sol de cette même main. Il avait approché son visage masqué de celui d’Haku.
-Même si tu hurlais à t’en casser les cordes vocales, personne ne viendrait tellement ils sont bourrés.
Haku fut horrifié de reconnaître la voix de son interlocuteur.
-Toi… parvint à murmurer Haku.
Sous le masque, Haku crut discerner un sourire. L’intrus avait passé sa main libre sur son crâne et retirait le masque qui couvrait ses traits. Suigetsu apparaissait sous le reflet blafard de la lune, souriant jusqu’aux oreilles.
-Bonsoir…