Les brumes du passé, chapitre 12

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Chapitre 12 :

 

              Brisé, écrasé, roué. Voilà ce qu’Haku ressentait en ce moment. Son corps entier n’était qu’un amalgame de douleurs, si bien qu’il ne pouvait faire aucun geste. Tous ses muscles étaient bandés à l’extrême, ses organes secoués de telle façon qu’il aurait put tous les énumérer. Les coups que lui avait donné Satsui avaient autant touché les parties externes que les parties internes de son corps. Jamais Haku n’avait reçu une telle raclée, mais son esprit avait été le plus touché : pour la première fois de sa vie, le mot « défaite » avait révélé tout son sens.

              Haku ne le voyait pas, mais il savait que son corps devait être couvert de bleux, dans son esprit l’évolution de ces hématomes qui prendraient peu à peu des teintes variées, bleu, indigo, violet, vermillon, rouge,… La seule partie de son corps que Satsui avait épargné avait été son visage, mais sous son masque, ce même visage était figé sur un ton neutre, les yeux  à demi fermé sous le poids de la fatigue et de longs sillons de larmes avaient tracé sa face.

              Le jeune garçon au masque se tenait à genoux au beau milieu de ce monde de miroirs qui reflétaient la faible lumière du soleil sur sa personne comme les feux des projecteurs illuminent la vedette sur la scène. Mais ces feux n’étaient là que pour souligner l’état pitoyable où il se trouvait maintenant, il était vaincu et ne ressentait plus la moindre volonté de se battre.

              L’instant d’après, les dizaines de miroirs volèrent en de minuscules éclats et tourbillonnèrent autour de Haku. Une faible brise les emporta et la forêt revint dans l’état où elle était. Satsui se tenait à quelques mètres du jeune garçon, son visage avait repris le ton neutre qu’on lui connaissait, ses yeux de glace regardant le corps sans force de Haku, prostré et regardant son éxécutrice. De son pas gracieux et léger, elle s’approcha de lui. Trois mètres la séparait de lui, plus que deux, un dernier et elle finirait sa besogne. Debout devant Haku, elle s’agenouilla auprès de lui. Haku ne fit aucun geste, son corps vidé de sa force et ses yeux contemplant la mort. Avec une douceur infinie, Satsui posa une main blanche sur le masque du jeune garçon et le retira. Mis à nu, le visage de Haku apparaissait au grand jour.

              Je...suis...

              Satsui fit glisser ses deux mains dans le dos du jeune homme et exerça une légère pression sur ses omoplates. Sans résister, Haku tomba doucement vers Satsui, son visage s’enfouit contre son épaule. Elle le serrait dans ses bras. La nuque de Haku ressentit le doux contact des larmes de Satsui et une chaleur s’insinua dans son propre corps, une sensation qu’il n’avait pas ressenti depuis si longtemps.

              -Bienvenue à la maison...cher neveu...

              Le corps de Haku fit un bond spectaculaire dans sa poitrine, tout prenait place dans son esprit tiraillé, sa propre vie, son don, sa famille, ses parents, tout s’agençait dans son esprit comme un puzzle, chaque pièce prenait sa place et enfin il comprit. La conclusion lui tira à son tour des larmes.

              Je suis...pitoyable...

 

              L’immense usine chantait son long râle. Le bruit des flammes, le crépitement du bois et la tôle qui hurle sous la chaleur étaient les multiples notes de son requiem. Même le port n’avait pas résisté aux flammes, magnifique tableau où feu et eau cohabitent sans même se toucher. Mais à quelques mètres d’ici, en bordure de la forêt où les hautes racines des arbres trempaient et se revigoraient dans l’eau. Quelques bulles remontèrent à la surface et une tête émergea, puis tout un corps entier se hissa hors des flots. Créature translucide aux teintes azurs, cet humanoïde reprit les teintes qu’on lui avait offert à la naissance. Suigetsu apparut dans les traits qui lui était familier.

              -J’ai bien cru que j’allais y passer...

              Suigetsu passa au travers des racines entremêlées, traçant son chemin dans ce labyrinthe végétal. Pour son plus grand bonheur, l’eau ne le quittait pas. Cette zone de la forêt, proche de la mer, était toujours immergée de dix bon centimètres d’eau. Le sol y était meuble, mais grâce à son chakra, Suigetsu marchait sur l’onde bleu des flots. Le contact avec cet élément le réconfortait, car c’était de là qu’il tirait toute sa puissance.

              Maintenant il peut venir, je l’attend de pied ferme.

              Comme si ses pensées avaient été entendu, un bruit métallique  siffla aux oreilles de Suigetsu. Vingt kunais se plantèrent tout autour de lui formant un cercle. Tous ces kunais étaient reliés à de longs cables métallique, ils étaient tendu de telle sorte qu’on aurait dit que Suigetsu étaient derrière les barreaux d’une prison. Le ninja leva les yeux et vit que les câbles se rejoignait en une longue tresse d’acier que tenait Mitsuke d’une seule main.

              -Maintenant tu n’a plus aucun moyen de t’échapper !

              Suigetsu se jeta sur les barreaux et chercha à en écarter deux pour sortir de ce piège, mais son adversaire avait deux coups d’avance. Il venait tout juste de joindre les mainsdans une série de signe.

              -Voici la technique ultime de mon répertoire ! Katon, Hi no Tatsumaki (Tornade de feu)

              Les flammes quittèrent la bouche de Mitsuke pour qu’ensuite la longue langue de feu s’enroule autour de son bras et embrase les longs câbles, mettant feu à la prison. Le cri horrible que poussa Suigetsu lorsque les flammes rongèrent son corps vrilla aux oreilles de Mitsuke. Lorsque les flammes s’apaisèrent, on ne vit qu’un corps calciné resté debout, les mains serrées sur les câbles. Mitsuke enroula la tresse de fil d’acier autour d’un kunai et le planta fermement dans l’arbre où il était perché. Il sauta de son perchoir et regarda le cadavre noirci de Suigetsu.

              L’homme suait à grosse goutte, tous les membres de son corps tremblaient. L’énergie qu’il avait déployé dans ses jutsus n’aurait pas suffit à le mettre dans cet état, il le savait, mais son corps lui prouvait le contraire. Depuis qu’il était entré dans l’usine, il s’était senti étrange, mais il n’avait pas tenu compte de cet état.

              -Heureusement que je l’ai fini rapidement...

              Mitsuke s’assit sur une racine, cherchant à contrôler ses tremblements. Il jeta un œil à sa victime calcinée. Mitsuke était habitué à cette vision, même l’odeur que dégageait le cadavre lui était familière. Mais il se focalisait sur la tête de Suigetsu.

              -Tu crois m’avoir tué ?

              Mitsuke sursauta, regarda autour de lui, mais ne vit rien. Il regarda de nouveau le cadavre et vit que le crâne avait bougé et le fixait de ses orbites vides. Les maxilaires de sa mâchoires claquèrent en un rire d’outre-tombe. Prit de panique, Mitsuke s’arma d’un kunai dans sa sacoche et le lança sur le mort-vivant. A sa grande surprise, l’arme traversa le corps et se planta dans l’écorce d’un arbre derrière lui. L’instant d’après, le parchemin explosif enroulé autour du kunai détonna et la vision de Mitsuke fut voilée par un manteau de fumée.

              -C’est pas possible, il est mort !

              La sueur qui perlait au front de Mitsuke était de plus en plus grande, ses tremblement ne voulaient pas cesser et son esprit se dérobait. Quand le voile de poussière se dissipa, le cadavre de Suigetsu n’était plus là. Est ce que Mituke était rassuré ? Non, le corps avait disparu et c’était ce qui le tracassait le plus. Le moindre bruit le faisait sursauter et les kunais pleuvaient. Au bout de deux minutes, sa sacoche était vide, il n’avait plus une seule arme en poche.

              Derrière lui, Suigetsu était apparu sous la forme d’un geyser silencieux. Il reprit forme humaine l’instant d’après et posa une main sur le lourd rouleau de câble pendu au dos de Mitsuke, Suigetsu retenait le rire qui retentissait dans son esprit.

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