Les brumes du passé, chapitre 13

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Chapitre 13 :

 

             Les bruits du combat avait fait fuir les êtres de la forêt, c’est alors que ce subit arrêt des hostilités avait ramené le doux chant de la vie. Haku la tête posée sur les genoux de Satsui regardait le ciel d’un bleu éclatant. Même si cette position le mettait mal à l’aise, ses forces n’étaient toujours pas revenues et Satsui faisait de lui sa marionnette. En ce moment même, elle était en train de lui lisser les cheveux, sifflotant un air qu’Haku n’avait entendu que de la bouche de sa mère. Une berceuse dérobée du néant qui rappelait à Haku des souvenirs enfouis dans sa mémoire.

             Sa petite enfance, si heureuse, la vie de famille avec son père et sa mère, leurs sourires, leurs odeurs, puis le sang. Le corps de sa mère dépourvu de vie sur le sol, son père en pleur parmi les hommes du village qui souriaient en s’approchant de lui armes à la main, puis l’étoile de glace qui jaillissait. Son errance sur les routes, la solitude, les cris, les insultes, la faim, la maladie et la douleur. Sa première rencontre avec Zabuza. La fin de cette morne existence. Tout cela, lointain passé qui ressurgit.

             -Plus j’y pense et plus je me dis que c’est le destin qui nous à réuni…

             Les paroles de Satsui étaient devenues si expressives qu’Haku en exprimait une certaine gêne. Et dire qu’il y a quelques minutes, elle comptait le tuer.

             -Et tout ce temps où je me disais que j’étais la dernière de notre famille…lorsqu’ils ont tué ma sœur…ta mère…je n’aurais jamais pensé que son fils serait encore en vie.

             Un silence plana sur eux, très vite brisé par la voix de la jeune femme.

             -Il y a quelque années, j’avais reçu une lettre de ta mère qui me disait qu’elle avait trouvé un mari merveilleux et qu’elle attendait un heureux événement…soupira Satsui…jamais je n’ai été aussi heureuse pour elle. Je croyais que jamais nous n’aurions pu avoir une vie normale avec notre don…

             Une larme perla au coin de l’œil de Satsui et alla s’écraser sur le bandeau frontal de Haku.

             -J’aurai du être là…si j’étais venu vous rendre visite plus tôt, elle serait encore en vie…

             Sa tristesse laissait un voile sombre couvrir son visage, mais elle n’éclata pas en sanglot. Avec le temps, elle avait réussi à cautériser cette plaie, mais sa cicatrice était encore présente.

             -Finalement, il y a un an, je suis venu vous rendre visite, mais tout ce que j’ai trouvé était une maison en ruine, prise dans la neige. Je me suis renseigné auprès des habitants du village voisin, sans leur révéler mon lien de parenté avec ma sœur, et ils m’ont tout raconté…

             Haku voyait le visage de Satsui s’embrumer peu à peu, ses yeux devenant vide comme fouillant sa mémoire.

             -J’ai érigé une sépulture. Même si je n’avais pas retrouvé son corps, je lui devais bien ça…Je suis resté devant cette ruine deux jours entiers. J’ai pleuré ma sœur, j’ai maudis ses assassins et je voulais mourir. Je souhaitais que cette pluie de glace me recouvre entièrement afin que je rejoigne ma sœur le plus vite possible…et le châle de la mort m’avait recouvert : je me suis évanouie. Rester deux jours sans bouger, sans manger et sous une neige glacée avaient eu raison de moi. J’avais enfin eu ce que je souhaitais. Mais lorsque je me suis réveillé, je n’étais pas morte.

             Satsui avait retenu un éclat de rire malgré ses yeux remplis de larmes.

             -C’est là que je l’ai rencontré pour la première fois, il s’est occupé de moi pendant mon sommeil et m’a maintenu en vie durant toutes ces années.

             Satsui avait fait glisser sa main sur le tapis d’herbe à sa gauche. Des arabesques de glace poussèrent à l’endroit où elle avait effleuré le sol pour ensuite former un miroir de glace. Un homme était apparu sur la surface polie du miroir, un homme à la tignasse blonde. Haku le reconnaissait pour l’avoir vu une unique fois, c’était l’adversaire que Zabuza défiait en ce moment. A son tour, Zabuza était apparu à l’écran, armé de son fendoir, il combattait le ninja blond qui n’était armé que de son bâton de voyage. Le cœur de Haku fit un bond dans sa poitrine.

             Zabuza-san…

             Le ninja déserteur était couvert d’hématomes, contrairement à son adversaire qui ne portait aucune trace de blessure. Zabuza avait du mal à suivre la cadence et plusieurs coups de bâtons avaient plu sur lui, mais son armure de chuunin l’avait préservé de la furie du bois. Même armé de sa lame, il n’arrivait pas à toucher sa cible qui était beaucoup trop rapide pour lui.

             Haku avait tendu son bras vers la surface lisse et froide du miroir malgré la douleur qui le saisissait à chaque mouvement. Ses phalanges glissèrent sur la paroi glacée. Il grattait le miroir de telle sorte que cinq sillons gravèrent le miroir. Il voulait tant rejoindre Zabuza, traverser cet écran et aider son maître, lui être utile, le protéger.

             Devant les efforts de Haku qui s’évertuait à gratter le panneau de glace, Satsui lui prit la main et la reposa sur le sol.

             -Ne fais pas de gestes inutiles, conseilla la femme, dans ton état tu es incapable de faire quoi que ce soit.

             Haku voulut répliquer, mais ses lèvres refusèrent de bouger. Satsui elle, gardait les yeux fixés sur la silhouette du ninja de Konoha. Haku pouvait y lire une telle force. Le regard de la jeune femme trahissait ses sentiments pour le combattant.

             -Pourquoi s’amuse-t-il autant ? fit Satsui ironique devant ce spectacle, il m’avait promis d’en finir au plus vite…décidément, on ne peut pas changer un homme.

             La jeune femme fit glisser sa main sur l’écran qui changea de vue immédiatement. Le décor avait changé du tout au tout : du désert de roche et de caillasse, on avait soudain zappé sur l’image d’une forêt les racines dans l’eau. Une forme sombre semblait léviter au milieu de ces arbres noueux. La silhouette se précisa, prenant une forme humaine. Mitsuke était suspendu au-dessus du sol par de longs fils, ses propres câbles en acier ! Les mains et les pieds écarté, on aurait dit une marionnette qui reproduisait la pose du célèbre Homme de Vétrille de Da Vinci, mais la tête en bas et les pieds tendus vers le ciel.

L’eau en dessous de lui forma un geyser qui monta à la hauteur de Mitsuke. Suigetsu apparut, émergeant de ce puissant jet d’eau et trônant sur sa cime. Le sabre tiré au clair, Suigetsu arborait un sourire carnassier qu’Haku lui connaissait bien. Le jeune homme à l’écran s’était accroupi pour parler à la tête de Mitsuke.

             -Tu devrais être heureux de ta fin, souffla Suigetsu jubilant, tu vas mourir de la main du successeur du célèbre Zabuza. C’est par ta mort que je serais enfin intronisé « le second démon Zabuza » et pour te remercier, je vais t’offrir ma signature, ainsi, tous ceux qui verront ta dépouille saura qui t’a éliminé.

             Suigetsu se releva et fit glisser sa lame sur l’un des filin d’acier. Un grincement métallique naquit du frottement de la lame et du câble, rendant un cri affreux et strident. Un éclair frappa, et la jambe droite de Mitsuke s’envola au bout de son fil, tranchée du corps. Le prisonnier poussa un cri inhumain d’une bête que l’on égorge. Suigetsu semblait se délecter de ce spectacle morbide, sa tête balançant de droite à gauche, suivant le tracé de la jambe qui pendait au bout du fil.

Haku en était horrifié, tant de cruauté et un sadisme qu’il n’avait jamais vu auparavant. Satsui supportait cette vue déplaisante, la perte de son compagnon ne l’affectait pas plus qu’une poussière sur ses habits.

             -Et ce n’est pas fini, fit Suigetsu triomphal, ta mort sera rapide…

             Un nouvel éclair jaillit et trancha la dernière jambe de Mitsuke, une nouvelle effusion de sang jaillit comme une fontaine, inondant Suigetsu, ivre de sa folie meurtrière. Privé du soutient des câbles qui retenait ses jambes, le reste du corps de Mitsuke tomba et éxécuta une étrange pirouette, mais son mouvement se brisa lorsque les deux câbles qui immobilisaient ses bras stoppèrent sa chute. Ce ne fut qu’une seconde lorsqu’un nouveau trait lumineux jaillit et sectionna net ces deux bras d’un seul coup. Le hurlement de Mitsuke redoubla lorsque ses deux membres tranchés quittèrent son corps qui n’était plus qu’une boule de chair d’où jaillissaient des geysers de sang.
             Une dernière corde allait le retenir au-dessus du sol, celle qui lui serrait la gorge. Aux yeux de Haku, tout sembla se ralentir, le corps démembré de Mitsuke s’approchait inexorablement du sol, mais le noeud qui lui pendait autour du cou allait le stopper net. Haku en était certain, il imaginait déjà ce
final, cette pendaison en grand public. La corde se tendit, la gorge de Mitsuke fut marquée d’un pli profondément creusé, l’expression de son visage était d’une indescriptible souffrance et un horrible craquement s’éleva. Mais au moment même où la nuque de Mitsuke se brisait, le katana de Suigetsu acheva sa besogne et trancha la tête du pendu.

             Le corps sans membres ni tête s’écrasa sur le sol, plongeant dans la mince pellicule d’eau qui le recouvrait. L’eau se teinta de rose et le cadavre disparut aux yeux de tous. Seul Suigetsu était sur scène, recouvert du sang de sa victime et vociférant un rire bestial. Devant la valse de ces membres suspendu, ses yeux étaient empreint de folie, il faisait plus penser à un animal qu’à un être humain. Le seul visage encore humain qui apparaissait à travers le miroir était la tête de Mitsuke, pendant lamentablement au bout de son fil.

             Et tout s’effaça. La vision du miroir s’était brouillé et n’affichait plus que son éclat bleu originel. Satsui avait détourné la tête devant ce spectacle horrible. Haku lui, voyait Suigetsu pour la première fois.

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